Elle avait rangé les derniers cartons à vingt-trois heures, et le parquet craquait différemment maintenant que les meubles n'étaient plus là pour absorber le bruit. Elle s'assit sur le rebord de la fenêtre — la seule surface encore possible — et regarda le plafond comme s'il pouvait lui apprendre quelque chose sur ce qu'elle éprouvait exactement.
Dans la poche de son manteau, qu'elle avait jeté là sans réfléchir, ses doigts trouvèrent quelque chose de froid et de petit. Une clé. Ni la sienne — elle les connaissait toutes par leur poids — ni celle d'une boîte aux lettres. Une clé de porte, vieille, avec un anneau de métal bruni.
Elle ne sut pas combien de temps elle resta à la tenir dans le creux de sa main. Dehors, un camion de nuit passa dans la rue étroite, puis plus rien. L'appartement sentait encore le café et un peu la peinture, comme le fantôme discret d'une vie que d'autres avaient vécue ici avant elle.
Elle essaya la clé sur la serrure de la cuisine, par curiosité. Elle n'entrait pas. Elle l'essaya sur la porte du couloir, puis sur l'armoire encastrée que les propriétaires avaient laissée. Rien. Il semblait que cette clé n'ouvrait aucune des portes qu'elle connaissait.
Le lendemain matin, les déménageurs arrivèrent à sept heures pile. Elle leur laissa de la place, se tint dans l'angle du couloir avec son sac et son manteau boutonné jusqu'au col. Avant de descendre, sans trop savoir pourquoi, elle posa la clé sur le rebord de la fenêtre, bien en vue, comme si quelqu'un pourrait peut-être venir la chercher.
Dans le tram, entre deux stations, elle glissa la main dans sa poche. Elle était vide, bien sûr. Mais sa main y resta un moment, les doigts refermés sur l'absence, tenant quelque chose qui n'était plus là.
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