Il était presque minuit quand elle entendit la machine s'arrêter.
La laverie était vide depuis une heure — depuis que le garçon avec les écouteurs avait récupéré son linge humide sans la regarder. Elle était seule sous le néon qui bourdonnait par intermittence, un bourdonnement de guêpe endormie, régulier puis non, régulier puis non.
En fouillant dans la poche de son manteau pour trouver sa monnaie, ses doigts rencontrèrent quelque chose de petit et de lisse. Un bouton. Blanc, quatre trous, un peu plus grand qu'une pièce de cinq centimes. Elle l'examina sous la lumière froide. Elle ne reconnut aucun vêtement dont il aurait pu provenir.
Elle avait acheté ce manteau à une vente de quartier, fin octobre. Cinq euros, à une femme d'un certain âge qui pliait tout avec soin, même les choses abîmées.
Elle posa le bouton sur le bord de la machine et commença à sortir son linge. Les draps d'abord, puis les chemises, puis les petites choses qu'on préfère ne pas voir sécher en public. L'air sentait l'eau de Javel et la nuit froide qui entrait chaque fois que la porte automatique s'ouvrait sur quelqu'un de pressé.
Dehors, un store se baissait quelque part — le grincement métallique d'une journée qui finit. Puis le silence.
Elle avait presque tout plié quand elle remarqua le bouton, toujours posé là, seul sur la surface encore tiède de la machine.
Elle le reprit. Elle ne savait pas pourquoi. Peut-être parce qu'il avait attendu dans cette poche si longtemps sans se perdre. Peut-être parce qu'il semblait lui appartenir davantage qu'à n'importe qui d'autre.
Elle sortit dans la rue mouillée, le bouton serré dans sa main fermée, et marcha vers l'arrêt du tram. Le dernier passait dans six minutes. Elle pensa à la femme qui avait plié ce manteau, à ses gestes lents et précis, et à ce qu'elle avait peut-être oublié, ou décidé de laisser.
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