Mardi. Ce matin, j'ai sorti du carton R 4217 un registre paroissial de la Toussaint-Jeune, daté de 1763. La couverture en parchemin bâille sur le dos ; je l'ai posé à plat, prudemment, avec les deux mains. Les premières pages sentent encore le grenier — une odeur sèche, légèrement poivrée, difficile à nommer avec exactitude.
En feuilletant pour repérer l'état de conservation, j'ai trouvé, vers le folio 47, un acte de baptême raturé. Le nom de l'enfant avait d'abord été écrit « Margueritt » — deux t, forme alsacienne — puis corrigé en « Marguerite » d'une encre légèrement différente, plus brune. Le prénom du père, un certain Hans Georg Schottler, n'a pas été corrigé, lui. Il reste en caractères gotisants, maladroit, comme si le clerc avait hésité entre deux langues dans la même phrase. La date de l'acte est le 14 mars 1763 ; la date de naissance, notée à part dans la marge, est le 12 mars. Deux jours d'écart. C'est courant pour cette période — il fallait parfois marcher loin jusqu'à l'église, par n'importe quel temps.
Ce qu'on sait : l'enfant s'appelait Marguerite Schottler, baptisée à la Toussaint-Jeune au printemps 1763. Ce qu'on ignore : si elle a survécu au-delà de l'enfance — la mortalité infantile dans les registres de cette décennie est élevée. Ce que je suppose, sans pouvoir le vérifier aujourd'hui : la correction orthographique du prénom a pu venir d'un curé de passage, plus attentif aux formes françaises qu'aux usages locaux alsaciens. Hypothèse seulement.
Le temps était couvert à midi. Je n'ai pas mangé sur le banc au bord du canal — trop gris, quelques gouttes. J'ai pris ma boîte dans la salle du personnel en relisant mes notes au crayon. Il y avait, noté de ma main, un renvoi à un acte de sépulture de 1770 portant un nom Schottler, mais sans prénom féminin lisible. Peut-être rien. Peut-être quelque chose.
Je n'ai pas cherché à conclure. Le carton R 4217 est retourné sur l'étagère. Le registre est stable malgré le dos ouvert ; je noterai une proposition de reliure préventive dans le rapport mensuel.
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