Vendredi. La chaleur s'est glissée même dans le dépôt aujourd'hui, malgré la climatisation — ou plutôt, je la sens dès que je franchis le seuil de la salle de lecture pour aller chercher une boîte. Dehors, il doit faire trente-deux degrés. Je suis restée à mon bureau.
Ce matin, j'ai sorti un registre paroissial de la paroisse Saint-Nicolas, années 1771 à 1785. Travail courant : reconditionnement partiel, vérification des folios. Rien de spectaculaire en apparence. Et puis, au folio 47, un acte de baptême daté du 14 mars 1778, avec une correction dans la marge. Le prénom de l'enfant — d'abord écrit Marguerite — a été barré et remplacé par Margaretha. L'encre du remplacement est plus pâle, vraisemblablement ajoutée plus tard, peut-être par un autre clerc, peut-être par le curé lui-même. On ne peut pas le savoir avec certitude.
Ce qui me frappe, c'est la hésitation entre les deux formes. En 1778, à Strasbourg — ville encore largement germanophone malgré un siècle d'administration française — les deux noms coexistaient. Marguerite sonnait français, Margaretha sonnait alsacien ou luthérien, bien que cette paroisse soit catholique. La correction est peut-être administrative, peut-être familiale. Hypothèse : quelqu'un dans la famille a tenu à la forme germanique. Mais je ne sais pas qui, ni pourquoi, ni si l'enfant a vécu assez longtemps pour que cela importe.