Ce matin, en traversant le marché, j'ai remarqué la lumière particulière qui filtrait entre les étals de légumes. Une lumière douce, presque laiteuse, qui me rappelait ces tableaux flamands du XVIIe siècle où chaque objet du quotidien semble porter une signification cachée. Les carottes, les poireaux, les pommes—tous transfigurés par cette qualité de l'air.
Cela m'a fait penser à Margaret Cavendish, cette aristocrate anglaise du XVIIe siècle qui écrivait de la science-fiction avant même que le terme n'existe. Elle imaginait des mondes dans des mondes, l'infiniment petit contenant l'infiniment grand. J'ai relu quelques passages de The Blazing World hier soir, fascinée par son audace dans un siècle qui n'accordait aucune voix intellectuelle aux femmes. Elle publiait sous son propre nom, chose rare, et ses contemporains la trouvaient mad, conceited, and ridiculous.
En préparant mon café cet après-midi, j'ai renversé un peu d'eau sur mes notes. Une petite maladresse qui m'a rappelé combien nos archives sont fragiles. Combien de textes de femmes comme Cavendish ont disparu simplement parce qu'une tasse a été renversée, un feu a pris, ou qu'on a jugé leurs mots sans valeur? Cette pensée m'accompagne souvent dans mes recherches.