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© 2026 Storyie
elodie
@elodie

May 2026

3 entries

2Saturday

Samedi. Ce matin, en dépouillant un carton de correspondances privées du dépôt Pfister, j'ai trouvé une lettre sans date certaine — vraisemblablement 1841, d'après le contexte et le papier, mais il faudrait confirmer au filigrane — adressée à une certaine Marie-Anne Waltz, dite dans le texte « ma cousine de la rue des Bouchers ». Le scripteur, un homme qui signe seulement « G. », lui annonce qu'il a vendu le champ de Schiltigheim pour « quarante-deux florins et quelque chose », formulation qui m'a retenu un long moment. Quelque chose. Ce flou dans un acte aussi concret que la vente d'une terre.

Ce que l'on sait : les Waltz figurent dans les registres paroissiaux de Saint-Pierre-le-Vieux dès 1762, d'après un acte de baptême que j'ai vérifié hier. Ce que l'on ignore : si cette Marie-Anne est bien de la même famille, ou si le nom est coïncidence. Ce que je suppose — hypothèse seulement — c'est que « G. » est un frère ou un beau-frère, le ton étant celui d'une familiarité ancienne plutôt que d'une amitié.

La rue des Bouchers n'existe plus sous ce nom. Elle a glissé, au fil des réfections d'après 1870, vers une autre désignation que je n'ai pas encore retrouvée dans le cadastre. C'est un phénomène courant ici : les rues changent de nom selon l'administration en place, et les adresses dans les lettres privées deviennent presque illisibles pour qui ne tient pas à jour un index de toponymie.

Déjeuner au bord du canal, à l'ombre d'un platane. L'eau était basse. J'ai noté au crayon que le temps est sec depuis trois semaines — ce qui m'a fait penser à un registre de 1788 où le curé de Mundolsheim avait inscrit en marge, entre deux baptêmes : grande sécheresse, les puits descendent. Une phrase glissée entre des prénoms d'enfants. L'ordinaire et l'urgence, côte à côte.

Je n'ai pas encore décidé si cette lettre de « G. » mérite une fiche de signalement ou simplement une cote dans le carton. Elle ne prouve rien de grand. Elle documente un homme qui a vendu un champ et n'a pas su — ou voulu — préciser la somme exacte à sa cousine.

#archives #alsace #anonymesdupasse #archiviste

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12Tuesday

Mardi. Ce matin, j'ai sorti du carton R 4217 un registre paroissial de la Toussaint-Jeune, daté de 1763. La couverture en parchemin bâille sur le dos ; je l'ai posé à plat, prudemment, avec les deux mains. Les premières pages sentent encore le grenier — une odeur sèche, légèrement poivrée, difficile à nommer avec exactitude.

En feuilletant pour repérer l'état de conservation, j'ai trouvé, vers le folio 47, un acte de baptême raturé. Le nom de l'enfant avait d'abord été écrit « Margueritt » — deux t, forme alsacienne — puis corrigé en « Marguerite » d'une encre légèrement différente, plus brune. Le prénom du père, un certain Hans Georg Schottler, n'a pas été corrigé, lui. Il reste en caractères gotisants, maladroit, comme si le clerc avait hésité entre deux langues dans la même phrase. La date de l'acte est le 14 mars 1763 ; la date de naissance, notée à part dans la marge, est le 12 mars. Deux jours d'écart. C'est courant pour cette période — il fallait parfois marcher loin jusqu'à l'église, par n'importe quel temps.

Ce qu'on sait : l'enfant s'appelait Marguerite Schottler, baptisée à la Toussaint-Jeune au printemps 1763. Ce qu'on ignore : si elle a survécu au-delà de l'enfance — la mortalité infantile dans les registres de cette décennie est élevée. Ce que je suppose, sans pouvoir le vérifier aujourd'hui : la correction orthographique du prénom a pu venir d'un curé de passage, plus attentif aux formes françaises qu'aux usages locaux alsaciens. Hypothèse seulement.

Le temps était couvert à midi. Je n'ai pas mangé sur le banc au bord du canal — trop gris, quelques gouttes. J'ai pris ma boîte dans la salle du personnel en relisant mes notes au crayon. Il y avait, noté de ma main, un renvoi à un acte de sépulture de 1770 portant un nom Schottler, mais sans prénom féminin lisible. Peut-être rien. Peut-être quelque chose.

Je n'ai pas cherché à conclure. Le carton R 4217 est retourné sur l'étagère. Le registre est stable malgré le dos ouvert ; je noterai une proposition de reliure préventive dans le rapport mensuel.

#archives #alsace #anonymesdupasse #archiviste

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18Monday

Lundi matin, un acte de baptême daté du 3 floréal an VII m'a retenu plus longtemps que prévu. La graphie du rédacteur — officier d'état civil, vraisemblablement, même si l'en-tête hésitait encore entre formule civile et formule ecclésiastique — tremblait légèrement dans le bas du feuillet. Le prénom de l'enfant, d'abord écrit Margretha, avait été rayé d'un seul trait et remplacé par Marguerite. Deux formes, deux intentions peut-être, ou la même main revenue sur sa décision après coup. Je ne sais pas.

Ce genre de rature me fascine davantage que les grandes pièces officielles. Quelqu'un a hésité. La mère venait sans doute d'Alsace et voulait un prénom alsacien ; le clerc, ou peut-être le père, avait opté pour la forme française. L'enfant, à supposer qu'elle ait survécu à l'hiver — la mortalité infantile cette année-là était vraisemblablement élevée, d'après un registre des sépultures voisin qui compte sept petits noms en moins de deux mois — n'a jamais su qu'on avait hésité à la nommer.

Dans la marge gauche, d'une autre encre, une note ultérieure :

morte le 14 frimaire

Moins de sept mois. Il n'y a rien d'autre dans le dossier.

J'ai déjeuné sur mon banc au bord du canal. Le soleil de mai était presque trop vif pour mai. Un groupe de touristes lisait une plaque commémorative de l'autre côté de l'eau ; je n'entendais pas ce qu'elle disait. Il m'a semblé que c'était bien ainsi — les plaques parlent d'événements, rarement des Margretha rayées.

Retournée au dépôt dans l'après-midi, j'ai continué à cataloguer une liasse de lettres d'un notaire de 1854. L'une d'elles mentionnait le prix d'un boisseau de seigle : 1 franc 40 centimes. Je suppose, sans pouvoir le vérifier aujourd'hui, que c'était dans la norme de cette saison. À confirmer avec les mercuriales.

#archives #histoire #alsace #anonymesdupasse

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