Il y a un plan, vers le premier tiers du film, où l'on voit Prabha traverser un couloir d'hôpital la nuit. La caméra la suit en plan fixe, légèrement décalée, comme si elle hésitait à entrer dans son intimité. C'est ce plan — discret, presque administratif — qui m'a retenue dans All We Imagine as Light de Payal Kapadia (2024).
J'ai vu le film un dimanche après-midi au Cinéma du Parc, salle presque vide, lumière grise dehors, ce genre de temps qui rend une projection plus poreuse. Le film prend son temps pour s'installer, et j'ai eu d'abord du mal à m'y ajuster. Le rythme des premières séquences — Mumbai bruyante, visages dans le métro, superpositions de voix off — m'a semblé hésitant, voire éparpillé.
Kapadia travaille dans un registre entre essay film et fiction douce. Le cadrage est souvent proche des visages, mais sans l'insistance qu'on pourrait craindre. Il me semble que le film ne cherche pas à expliquer l'intériorité de ses protagonistes — il la laisse se déposer lentement. Ce n'est pas un film de révélation psychologique, et le comprendre change la façon dont on regarde. Le son joue un rôle considérable : le bruit de la ville filtre partout, et les silences des appartements sont marqués différemment selon l'heure.
Ce qui tient : la troisième partie, en bord de mer, où le film bascule dans quelque chose de presque onirique sans jamais rompre le ton établi. La lumière change de texture, les dialogues s'espacent. J'y vois un geste rare — savoir quand lâcher la narration sans la trahir ni l'abandonner.
Ce qui n'arrive pas complètement : la sous-intrigue amoureuse du personnage secondaire peine à trouver son poids dans l'ensemble. Elle n'est pas inutile, mais elle arrive d'un autre film, avec un autre tempo. Le montage semble lui-même peu convaincu par ce fil.
À revoir, le soir cette fois, avec un peu plus de distance.
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