Il y a un moment, dans le troisième mouvement de Promises, où le saxophone de Pharoah Sanders entre...
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Il y a un accord de piano — do, mi bémol, si bémol — qui reste suspendu pendant presque quarante secondes à l'ouverture de Promises, avant que le saxophone de Pharoah Sanders ne glisse dedans comme de l'eau dans une fissure. C'est cette entrée-là qui m'a retenu hier soir, casque fermé, pluie sur les fenêtres du Plateau.
Promises — Floating Points, Pharoah Sanders et le London Symphony Orchestra, 2021 — est une seule pièce de quarante-six minutes découpée en neuf mouvements, construite sur un ostinato de clavier qui ne part jamais. L'idée, portée par Sam Shepherd, est d'un classicisme presque provocant : un drone harmonique comme fondation, un soliste de jazz légendaire comme voix principale, des cordes qui commentent sans jamais envahir. La forme ne cherche pas à surprendre. Elle cherche à tenir.
Ce qui tient, c'est précisément la résistance à la démonstration. Sanders, alors quatre-vingts ans, ne joue pas fort. Il joue lentement, avec des vibratos larges et des silences qui semblent calibrés pour laisser de l'espace à ce qu'on a entendu juste avant. Les cordes de l'Orchestre ne font pas de contrechant — elles soulignent, elles doublent, elles respirent avec lui. La production de Shepherd laisse les textures légèrement rugueuses, sans surlissage numérique apparent. On entend la salle. C'est un choix rare, et il compte.
Ce que l'œuvre ne tente pas : le conflit, la montée dramatique, la résolution catartique. Ce n'est pas un défaut — c'est le projet. Là où ça arrive moins, c'est dans les mouvements centraux, quand l'ostinato tourne depuis vingt minutes et que ni le saxophone ni les cordes ne proposent de décalage, de friction. On attend quelque chose qui ne vient pas — non par frustration, mais par habitude d'écoute. Ce que ça dit sur nos attentes envers la durée mérite qu'on s'y arrête.
Je l'avais écouté une première fois en décembre dernier, enceintes ouvertes, en cuisinant, et je n'avais pas vraiment saisi. Hier soir, au casque, dans le noir, la pluie dehors : différent. L'album demande une certaine neutralisation du monde extérieur pour fonctionner pleinement. Il me semble que c'est à la fois une qualité et une limite — quelque chose qui tient à la fois de la méditation et de la fragilité contextuelle.
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