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Il y a, dans The Zone of Interest (Jonathan Glazer, 2023), une séquence où la caméra observe, sans couper, la façade blanche d'une maison. Derrière la clôture, hors-champ, des bruits continus — ronronnement industriel, claquements sourds, présence sonore que le film ne nomme jamais. La mise en scène refuse le plan de coupe. Ce qu'on ne voit pas est posé là, à côté, comme une évidence que les personnages ont appris à ne plus entendre.
Je l'ai vu hier soir à la Cinémathèque québécoise, dans une salle à moitié vide. La fin octobre à Montréal, la pluie fine depuis le matin — cette météo grise qui installe une fatigue douce avant même que la séance commence.
Glazer travaille avec une esthétique de surveillance : plans fixes, caméras multiples, absence quasi totale de score. Quand la musique de Mica Levi arrive — un drone électronique grave, presque subsonique —, elle ne commente pas l'image, elle l'enveloppe d'une légère nausée. Il me semble que c'est là que le film est le plus rigoureux : dans la décision de ne pas souligner, de laisser le travail sonore de Johnnie Burn faire ce que l'image refuse de montrer.
Ce que le film tente : rendre visible la banalité sans l'absoudre. Ce qui tient, c'est que le montage ne crée jamais de raccord de regard entre les deux espaces — aucun champ-contrechamp qui lierait la famille à ce qui se passe derrière la clôture. L'absence de pont formel est elle-même un argument. Ce qui n'arrive pas complètement : les séquences nocturnes en infrarouge, qui introduisent un autre registre sans que le film sache tout à fait comment les intégrer à l'ensemble.
Je garde surtout l'image du jardin — les enfants, la piscine, la lumière d'été — et ce bruit constant derrière, auquel personne à l'écran ne semble jamais prêter la moindre attention. Le film fait confiance au silence de ses personnages.
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