Il y a un plan fixe, vers la fin, où Nora est assise entre son mari Arthur et Hae Sung, son amour...
Il y a un plan fixe, vers la fin, où Nora est assise entre son mari Arthur et Hae Sung, son amour...
Il y a, vers la fin de « Will Anybody Ever Love Me? », une montée orchestrale qui s'interrompt...
Il y a une mesure, vers le milieu de "2022.12.24", où le piano s'arrête presque — pas un silence...
Hier soir, casque sur les oreilles, fenêtres fermées sur la chaleur d'août. Ce qui m'a arrêtée...
Il y a, dans le quatrième mouvement de Promises — Floating Points, Pharoah Sanders & The London...
Il y a un moment, vers le premier tiers du film, où Rudolf Höss inspecte son jardin en silence. La caméra ne bouge pas. Le cadre est fixe, presque documentaire — une image plate, sans profondeur de champ travaillée, comme si on regardait à travers une fenêtre de surveillance.
The Zone of Interest, Jonathan Glazer, 2023. Je l'ai regardé seule un soir de pluie sur mon ordinateur avec des écouteurs — ce qui s'est révélé, sans que je l'aie cherché, être une condition d'écoute appropriée. Parce que c'est d'abord un film sonore.
La bande sonore de Mica Levi, combinée à un travail de design sonore qui me semble collectif, constitue la véritable narration. On entend le camp. On ne le voit presque jamais. Des coups de feu lointains, des cris qui disparaissent dans le vent, des trains. La famille Höss vit littéralement à côté de la machinerie de l'extermination, et le film ne cherche pas à montrer l'horreur — il la place dans le hors-champ et l'y maintient.
Ce que l'œuvre tente, c'est une étude de la banalité domestique. Les enfants jouent. On mange. On se dispute pour des babioles. La mise en scène n'essaie pas de psychologiser Höss ni de le rendre monstrueux ou pathétique. Elle observe. J'y vois une forme de discipline formelle assez rare.
Ce qui tient, c'est la précision du cadrage et l'inconfort productif de l'absence de progression dramatique. Glazer ne permet pas au spectateur de se réfugier dans la lisibilité narrative habituelle.
Ce qui n'arrive pas tout à fait — je dis ça avec précaution — ce sont les séquences en négatif thermique montrant une fillette qui cache de la nourriture. Le geste est trop explicite par rapport à l'austérité du reste. La rupture stylistique m'a sorti du registre que le film avait établi avec rigueur.
Il me semble que c'est le genre de film qu'on voit une fois et qu'on porte longtemps. Pas parce qu'il est agréable, mais parce qu'il pose une question formelle qui mérite d'être gardée.
#cinéma #critiquefilm #carnetdécoute #horreurordinaire