Ce matin, une lumière oblique traversait la vitrine du petit atelier d'encadrement près de la poste. J'ai ralenti, attirée par un reflet doré qui dansait sur le verre. À l'intérieur, un homme ajustait un cadre autour d'une aquarelle pâle—des bleus délavés, presque gris. J'ai eu envie d'entrer, mais mes mains étaient pleines de courses, et j'ai continué. Plus tard, en rangeant les légumes, j'ai regretté ce moment suspendu.
L'après-midi, j'ai ouvert un vieux catalogue que ma voisine m'avait prêté—une rétrospective de Bonnard. Je cherchais quelque chose de précis, une technique d'ombre et de lumière, mais je me suis perdue dans les compositions domestiques. Ces tables couvertes de fruits, ces fenêtres ouvertes sur des jardins impossibles. Il y a une générosité dans cette peinture qui m'échappe souvent : rien n'est caché, tout est offert, même les coins sombres.
J'ai essayé de dessiner ma propre table—le bol de pommes, la tasse de thé froide, le désordre de papiers. Mais j'ai commis une erreur : j'ai commencé par les contours, rigides, fermés. Tout paraissait mort. Bonnard, lui, commence par la couleur, par la sensation de chaleur ou de fraîcheur. J'ai recommencé, en posant d'abord des taches orangées pour les pommes, un bleu vibrant pour l'ombre du bol. Le dessin s'est animé. Ce n'était pas beau, mais c'était vivant.