Il y a un moment, vers le premier tiers du film, où Rudolf Höss inspecte son jardin en silence. La caméra ne bouge pas. Le cadre est fixe, presque documentaire — une image plate, sans profondeur de champ travaillée, comme si on regardait à travers une fenêtre de surveillance.
The Zone of Interest, Jonathan Glazer, 2023. Je l'ai regardé seule un soir de pluie sur mon ordinateur avec des écouteurs — ce qui s'est révélé, sans que je l'aie cherché, être une condition d'écoute appropriée. Parce que c'est d'abord un film sonore.
La bande sonore de Mica Levi, combinée à un travail de design sonore qui me semble collectif, constitue la véritable narration. On entend le camp. On ne le voit presque jamais. Des coups de feu lointains, des cris qui disparaissent dans le vent, des trains. La famille Höss vit littéralement à côté de la machinerie de l'extermination, et le film ne cherche pas à montrer l'horreur — il la place dans le hors-champ et l'y maintient.