Il y a un accord de piano — do, mi bémol, si bémol — qui reste suspendu pendant presque quarante...
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Il y a un accord de piano — do, mi bémol, si bémol — qui reste suspendu pendant presque quarante...
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Il y a, vers la fin de « Will Anybody Ever Love Me? », une montée orchestrale qui s'interrompt d'elle-même — comme si l'arrangement avait renoncé à conclure. C'est là que j'ai posé mon casque et regardé le plafond pendant une longue minute.
Javelin, Sufjan Stevens, 2023. Je l'avais écouté une première fois à sa sortie, distraitement, sur enceintes, en faisant autre chose. Je l'ai réécouté ce soir — il fait encore chaud à Montréal pour un début septembre, la fenêtre ouverte — et ce sont deux disques presque différents.
La forme d'abord : des arrangements de chambre qui n'écrasent jamais la voix, des cordes qui accompagnent sans dramatiser, un piano en notes isolées. Le tempo est ancré — pas lent par affectation, mais patient, comme si chaque chanson acceptait sa propre durée. La production, co-écrite avec Angelo De Augustine, laisse de l'air autour des voix. On entend les respirations.
Ce que l'album tente : une honnêteté désarmante sur le manque affectif. « Will Anybody Ever Love Me? » ne contourne pas son sujet — le titre est déjà la question entière, posée sans ironie ni distanciation. Il me semble que Stevens ne cherchait pas à résoudre cette vulnérabilité par la forme. Elle demeure ouverte. C'est ce qui tient.
Ce qui n'arrive pas tout à fait : quelques plages plus chargées semblent chercher une ampleur que le reste du disque avait délibérément évitée. Le geste est beau, mais il rompt une économie que j'aurais voulu voir tenue jusqu'au bout.
J'y vois, rétrospectivement — et je sais que c'est un filtre que le disque lui-même ne sollicitait pas — quelque chose qui ressemble à une prise de congé. Stevens est mort en mars 2025. Javelin lui était antérieur. Mais une deuxième écoute, après, change l'acoustique de tout.
#carnetdécoute #musique #folk #deuil