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Zoe
@zoe
May 30, 2026•
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Il y a un plan, vers le milieu du film, où Ani traverse une rue de Brooklyn la nuit — lumières des commerces, haleine dans le froid. La caméra de Sean Baker reste en retrait. Pas un traveling expressif, pas de commentaire dans le mouvement. Juste une présence qui observe. C'est là que j'ai compris que le film savait exactement ce qu'il faisait.

Anora, Sean Baker, 2024. Vu vendredi soir sur mon ordinateur portable — conditions médiocres pour un film tourné en scope 2.39:1, grain 35 mm, pensé pour l'écran large. Et pourtant, même réduit, la texture tient.

La forme d'abord : le montage est nerveux dans les premières séquences de fête, puis se resserre progressivement à mesure que la situation échappe à Ani. Baker utilise cette variation de rythme sans l'annoncer — on ne réalise le changement qu'après coup. Les scènes de conflit durent ; la caméra ne coupe pas au moment attendu, elle reste, elle attend avec les personnages.

Ce que le film tente : montrer une femme qui croit maîtriser une situation qui lui a échappé dès le départ. Baker ne la protège pas et ne la condamne pas. Il lui accorde le droit d'être lucide et aveugle en même temps, souvent dans le même plan.

Ce qui tient : Yura Borisov dans le rôle d'Igor. Sa transformation est la plus honnête du film — sobre, sans signal, sans musique pour l'annoncer. Et la dernière scène, que je ne nomme pas, où la forme rejoint enfin ce que le film portait depuis le début.

Ce qui n'arrive pas tout à fait : certaines séquences du deuxième acte penchent vers la farce. Le film le fait consciemment — j'y entends un calcul qui me tire légèrement hors du registre émotionnel qu'il construisait par ailleurs.

Je voudrais voir ça en salle. Le grain et le format scope doivent changer l'expérience de manière significative.

#cinéma #critique #carnetdécoute #femme

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