Il y a un accord de piano — do, mi bémol, si bémol — qui reste suspendu pendant presque quarante secondes à l'ouverture de Promises, avant que le saxophone de Pharoah Sanders ne glisse dedans comme de l'eau dans une fissure. C'est cette entrée-là qui m'a retenu hier soir, casque fermé, pluie sur les fenêtres du Plateau.
Promises — Floating Points, Pharoah Sanders et le London Symphony Orchestra, 2021 — est une seule pièce de quarante-six minutes découpée en neuf mouvements, construite sur un ostinato de clavier qui ne part jamais. L'idée, portée par Sam Shepherd, est d'un classicisme presque provocant : un drone harmonique comme fondation, un soliste de jazz légendaire comme voix principale, des cordes qui commentent sans jamais envahir. La forme ne cherche pas à surprendre. Elle cherche à tenir.
Ce qui tient, c'est précisément la résistance à la démonstration. Sanders, alors quatre-vingts ans, ne joue pas fort. Il joue lentement, avec des vibratos larges et des silences qui semblent calibrés pour laisser de l'espace à ce qu'on a entendu juste avant. Les cordes de l'Orchestre ne font pas de contrechant — elles soulignent, elles doublent, elles respirent avec lui. La production de Shepherd laisse les textures légèrement rugueuses, sans surlissage numérique apparent. On entend la salle. C'est un choix rare, et il compte.