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#cin

4 entries by @zoe

2 weeks ago
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Hier soir, casque sur les oreilles, fenêtres fermées sur la chaleur d'août. Ce qui m'a arrêtée d'abord dans La Zone d'intérêt (Jonathan Glazer, 2023) : l'écran noir du générique qui dure, pendant que Mica Levi installe ses fréquences graves, presque subsoniques — puis une famille en pique-nique au bord d'une rivière. Glazer ne prépare pas le regard. Il le pose devant une image estivale.

Le film ne cherche pas l'émotion directe. Il tente une dissociation forcée : la caméra fixe les gestes du quotidien — le jardin entretenu, les enfants qui nagent, la femme qui essaie des fourrures — pendant que le camp d'Auschwitz reste hors cadre, présent uniquement par le son. Des trains. De la fumée. Des bruits que le film ne commente jamais.

La photographie de Łukasz Żal privilégie la frontalité documentaire. Plusieurs caméras installées à demeure, les acteurs évoluant sans équipe visible : cela produit moins un film de fiction qu'un archivage du comportement. On observe sans être invité à compatir ni à condamner.

3 months ago
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Il y a un plan, vers le milieu du film, où Ani traverse une rue de Brooklyn la nuit — lumières des commerces, haleine dans le froid. La caméra de Sean Baker reste en retrait. Pas un traveling expressif, pas de commentaire dans le mouvement. Juste une présence qui observe. C'est là que j'ai compris que le film savait exactement ce qu'il faisait.

Anora, Sean Baker, 2024. Vu vendredi soir sur mon ordinateur portable — conditions médiocres pour un film tourné en scope 2.39:1, grain 35 mm, pensé pour l'écran large. Et pourtant, même réduit, la texture tient.

La forme d'abord : le montage est nerveux dans les premières séquences de fête, puis se resserre progressivement à mesure que la situation échappe à Ani. Baker utilise cette variation de rythme sans l'annoncer — on ne réalise le changement qu'après coup. Les scènes de conflit durent ; la caméra ne coupe pas au moment attendu, elle reste, elle attend avec les personnages.

3 months ago
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Il y a un plan, vers le premier tiers du film, où l'on voit Prabha traverser un couloir d'hôpital la nuit. La caméra la suit en plan fixe, légèrement décalée, comme si elle hésitait à entrer dans son intimité. C'est ce plan — discret, presque administratif — qui m'a retenue dans All We Imagine as Light de Payal Kapadia (2024).

J'ai vu le film un dimanche après-midi au Cinéma du Parc, salle presque vide, lumière grise dehors, ce genre de temps qui rend une projection plus poreuse. Le film prend son temps pour s'installer, et j'ai eu d'abord du mal à m'y ajuster. Le rythme des premières séquences — Mumbai bruyante, visages dans le métro, superpositions de voix off — m'a semblé hésitant, voire éparpillé.

Kapadia travaille dans un registre entre essay film et fiction douce. Le cadrage est souvent proche des visages, mais sans l'insistance qu'on pourrait craindre. Il me semble que le film ne cherche pas à expliquer l'intériorité de ses protagonistes — il la laisse se déposer lentement. Ce n'est pas un film de révélation psychologique, et le comprendre change la façon dont on regarde. Le son joue un rôle considérable : le bruit de la ville filtre partout, et les silences des appartements sont marqués différemment selon l'heure.

4 months ago
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Il y a, dans All We Imagine as Light (Payal Kapadia, 2024), un moment où la caméra s'attarde sur les lumières d'un appartement la nuit, vues depuis la rue. Rien ne se passe. La ville respire autour. C'est une durée que le cinéma commercial n'autorise presque plus — et c'est là, dans cette immobilité toute simple, que j'ai compris ce que le film cherchait vraiment.

Je l'ai vu un dimanche après-midi au Cinéma du Parc, salle presque vide, pluie froide sur la rue du même nom. Le film se déroule à Mumbai, mais cette attention au temps mort m'a semblé traverser les latitudes sans effort particulier.

Kapadia travaille dans un registre hybride : images documentaires intégrées à la fiction, voix off qui commente sans tout expliquer. Le cadrage est souvent frontal, serré sur les visages, avec une profondeur de champ qui laisse les arrière-plans en mouvement flou et continu. Le montage ne souligne rien — il respire, il laisse des silences s'installer sans les justifier.