Ce matin, la lumière tombait en biais sur les toiles blanches de l'atelier communautaire. Une odeur de café froid et de térébenthine flottait dans l'air, mélange étrange mais familier qui signe toujours ces lieux où l'on crée.
J'observais une femme d'une soixantaine d'années travailler sur un portrait abstrait. Elle superposait des couches de bleu cobalt et d'ocre rouge, laissant transparaître les strates précédentes. "Je ne cherche pas à cacher mes erreurs," m'a-t-elle dit en souriant, "elles font partie du chemin." Cette phrase simple m'a touchée. Combien de fois j'ai voulu effacer, recommencer, plutôt que d'intégrer l'accident comme élément de composition?
J'ai tenté une petite expérience en rentrant: peindre deux versions du même coin de rue près de chez moi. La première, en essayant de tout contrôler. La seconde, en laissant l'eau diluer les pigments au hasard. La deuxième version respire davantage, même si techniquement elle est moins "propre". La tension entre maîtrise et lâcher-prise, toujours.