Ce matin, la lumière filtrait à travers les vitrines embuées du café où j'attendais que la galerie ouvre. Une lumière grise de mars, presque liquide, qui donnait aux passants des silhouettes floues comme dans un tableau de Richter.
L'exposition s'appelait simplement Intervalles. Trois salles blanches, un silence épais qui avalait mes pas. Les toiles étaient presque monochromes au premier regard – des gris, des beiges, des blancs cassés. Mais en m'approchant, j'ai compris : l'artiste avait superposé des dizaines de couches translucides. La profondeur n'était pas une illusion, elle était littéralement construite, strate par strate.
Une femme à côté de moi a murmuré à sa compagne : « On dirait qu'il n'y a rien, mais regarde comme ça bouge. » Elle avait raison. Quand je bougeais ma tête, la lumière traversait les couches différemment. Le tableau respirait.