Ce matin, j'ai déplié une liasse de lettres familiales datées de l'hiver 1854, prêtée par une...
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Ce matin, en déroulant un registre de catholicité de la paroisse Saint-Nicolas de 1783, j'ai remarqué une rature au bas du folio 47. Sous l'encre noircie, on devine — avec une loupe — le prénom « Dorothée », remplacé plus tard par « Marie-Anne ». La correction est signée d'une autre main que le premier clerc, vraisemblablement lors d'un contrôle canonique ultérieur. Ce que l'on sait : l'enfant fut baptisée le 3 avril. Ce qu'on ignore : pourquoi le prénom initial fut effacé. Ce que je suppose, sans certitude aucune, c'est qu'une marraine ou une convenance familiale a dû primer sur le premier choix du rédacteur.
La mère s'appelait Margaretha Schreiner, épouse d'un apprenti tonnelier du quartier de la Krutenau. Leur adresse d'alors — « rue du Fossé-des-Tanneurs » — n'existe plus sous ce nom ; elle correspond aujourd'hui, à peu près, à une portion de la rue du Faubourg-de-Pierre. La toponymie alsacienne de cette époque mélange souvent le français officiel et l'alsacien courant, parfois dans le même registre et sur la même ligne. C'est une façon de voir la langue comme un terrain instable plutôt qu'un sol fixe.
Le père n'est mentionné qu'en marge : « Johann Georg, compagnon de tonnelier » — pas encore maître. Il semble qu'ils vivaient à loyer, d'après la formule habituelle de l'acte, mais ce n'est qu'une supposition fondée sur l'usage du quartier à cette période.
J'ai mangé sur le banc habituel, près du canal du Faux-Rempart. Il faisait gris, presque froid. J'avais emmené un petit pain et mon carnet, au crayon comme d'habitude — jamais de stylo près de vieilles feuilles.
En revenant, j'ai cherché d'autres actes liés à la famille Schreiner dans nos fonds des années 1790. Rien d'autre ne subsiste pour eux, du moins que j'aie trouvé jusqu'ici. Ils disparaissent du registre comme des milliers d'autres : présents une ligne, puis absents.
La petite Marie-Anne — ou Dorothée, selon le premier rédacteur — a eu droit à une existence officielle d'une seule phrase. C'est souvent tout ce qui reste.
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