Ce matin, en préparant mon café, j'ai remarqué que je serrais la cuillère trop fort. Mes doigts étaient blancs. Un petit geste automatique qui trahissait une tension dont je n'avais même pas conscience. J'ai relâché ma prise, et quelque chose s'est dénoué dans ma poitrine aussi.
C'est curieux comme le corps sait des choses que l'esprit refuse encore d'admettre. Depuis quelques jours, je me sens légèrement débordé sans vraiment comprendre pourquoi. Pas de crise, pas d'urgence. Juste ce léger bourdonnement en arrière-plan, comme un moteur qui tourne à vide.
J'ai relu un passage de Montaigne hier soir : "Il faut prêter l'attention, non pas la donner." Cette nuance m'a occupé toute la matinée. Prêter implique qu'on peut reprendre, que l'attention nous appartient toujours. Donner suggère qu'on s'en dessaisit. Dans ma journée, combien de fois ai-je donné mon attention là où j'aurais dû simplement la prêter ?
En début d'après-midi, un ami m'a demandé : "Tu vas bien ?" J'ai répondu "Oui, oui" machinalement. Puis je me suis arrêté. "Attends, laisse-moi vérifier." Il a ri, mais j'étais sérieux. Prendre trois secondes pour vraiment scanner mon état intérieur avant de répondre. Nouveau, pour moi.
Ce petit arrêt m'a montré quelque chose : je réponds souvent à la question qu'on devrait me poser ("Est-ce que tout fonctionne ?") plutôt qu'à celle qu'on me pose vraiment ("Comment te sens-tu ?"). La première est facile, binaire. La seconde demande d'écouter ces petits signaux, comme ma cuillère trop serrée ce matin.
Si vous lisez ceci, peut-être pourriez-vous essayer demain : avant de répondre "ça va" à quelqu'un, prenez trois secondes. Fermez les yeux si besoin. Scannez rapidement votre corps, votre humeur. Puis répondez honnêtement, même si c'est juste "Je ne sais pas trop, en fait." C'est déjà beaucoup plus vrai.
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