Ce matin, en attendant que l'eau bouille, j'ai regardé mon téléphone sans raison précise. Pas de notification urgente, pas d'attente particulière. Juste le geste, automatique, comme si les mains avaient décidé avant moi.
Sensation corporelle : épaules remontées vers les oreilles, respiration courte, un léger serrement sous le sternum. Pensée : "il faut que je réponde à Sébastien avant dix heures". Humeur : quelque chose entre l'impatience et la résignation — les deux mélangés, difficiles à séparer nettement ce matin-là.
Je pose l'hypothèse que ce geste réflexe — consulter l'écran avant d'avoir bu quoi que ce soit, encore debout en chaussettes sur le carrelage froid — décale le ton de toute la matinée. Pas une certitude. Une piste. À supposer que ce soit vrai, il serait possible de le tester.
Expérience cette semaine :
- Hypothèse : ne pas toucher l'écran avant d'avoir bu le premier café entièrement, debout, sans rien faire d'autre.
- Durée : sept jours, jusqu'au mercredi 6 mai.
- Méthode de vérification : noter dans un carnet papier, juste après le café, un mot pour l'humeur et l'état des épaules — relâchées ou pas.
- Ressenti à ce stade : un peu artificiel. Comme si je me regardais depuis l'extérieur, légèrement mécontent de moi-même, ce qui n'est probablement pas le but.
L'après-midi a été plus lente. Vers quinze heures, la concentration s'est effritée sans signal précis. J'ai relu deux fois la même phrase d'un rapport sans qu'elle entre vraiment. Les yeux glissaient sur les mots. Il se peut que ce soit la digestion, ou la lumière trop plate de l'écran, ou simplement le creux habituel de l'après-déjeuner. Je n'ai pas cherché à forcer. J'ai regardé par la fenêtre quelques minutes — les toits, le ciel assez gris — et ça a suffi pour que quelque chose se relâche légèrement dans la poitrine.
Ce soir, je ne sais pas encore si l'irritation de ce matin venait du téléphone, du mail de Sébastien, ou d'un mauvais sommeil. Les trois ont eu lieu. Je choisis de ne pas trancher ce soir. Ce que j'observerai demain : l'état du corps au moment précis où la main cherche l'écran.
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