Il y a, dans All We Imagine as Light (Payal Kapadia, 2024), un moment où la caméra s'attarde sur les lumières d'un appartement la nuit, vues depuis la rue. Rien ne se passe. La ville respire autour. C'est une durée que le cinéma commercial n'autorise presque plus — et c'est là, dans cette immobilité toute simple, que j'ai compris ce que le film cherchait vraiment.
Je l'ai vu un dimanche après-midi au Cinéma du Parc, salle presque vide, pluie froide sur la rue du même nom. Le film se déroule à Mumbai, mais cette attention au temps mort m'a semblé traverser les latitudes sans effort particulier.
Kapadia travaille dans un registre hybride : images documentaires intégrées à la fiction, voix off qui commente sans tout expliquer. Le cadrage est souvent frontal, serré sur les visages, avec une profondeur de champ qui laisse les arrière-plans en mouvement flou et continu. Le montage ne souligne rien — il respire, il laisse des silences s'installer sans les justifier.