Il était trois heures passées quand elle trouva le bouton, au fond de la poche de son manteau d'hiver qu'elle n'avait pas mis depuis mars. Un bouton nacré, sans manteau connu, sans veste dont elle se souvînt. Elle le posa sur la tablette au-dessus du radiateur et l'oublia.
Le lendemain matin — ou plutôt ce même matin, puisque trois heures c'est encore la nuit — elle descendit mettre ses affaires à la laverie du bas de la rue. La machine tournait déjà ; quelqu'un d'autre avait commencé un cycle. Elle attendit sur le banc en plastique orange, le néon bourdonnant très légèrement, comme une question à laquelle personne ne répond.
Un homme entra. La cinquantaine, une veste légère pour la saison. Il chargea une machine sans la regarder, puis s'assit à l'autre bout du banc avec un livre qu'il n'ouvrit pas.
Ils restèrent ainsi peut-être vingt minutes. Dehors, un éboueur poussait une poubelle à roulettes sur les pavés — le bruit régulier, méthodique, le bruit d'une ville qui recommence.
L'homme dit, sans lever les yeux : « Le linge de nuit, c'est toujours les choses qu'on avait remises à plus tard. »
Elle ne répondit pas. Il semblait parler autant pour lui que pour elle.
Quand sa machine s'arrêta, il rangea son livre — toujours fermé — dans la poche de sa veste. La poche bâillait légèrement sur le côté ; il manquait un bouton.
Il sortit sans se retourner. Elle regarda la porte se refermer sur le petit carré de nuit bleue, puis alla récupérer son linge encore tiède.
En remontant l'escalier, elle pensa au bouton nacré sur la tablette. Elle ne saurait jamais, bien sûr. Mais il lui sembla que c'était peut-être là l'essentiel : ne pas savoir, et continuer quand même à monter.
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