La laverie fermait à vingt-trois heures trente. Anaïs avait choisi cette heure-là exprès, pour être seule avec les machines.
Elle déposa son linge dans le tambour de droite — le seul qui ne faisait pas ce bruit de ferraille au démarrage — et glissa les pièces une à une. Pendant que l'eau montait avec son bruit sourd, elle s'assit sur le banc en plastique orange, sous le néon qui clignotait une fois toutes les quelques minutes, comme s'il hésitait à rester allumé jusqu'à la fin.
Dans la poche de son manteau, ses doigts trouvèrent quelque chose de froid. Une clé, petite, à bout carré, du genre qui ouvre les boîtes aux lettres. Elle ne la reconnut pas. Elle la posa sur le bord du sèche-linge devant elle et la regarda un moment, sans chercher à comprendre.
Dehors, un store se baissa quelque part dans la rue. L'odeur de l'eau de Javel flottait dans l'air comme quelque chose de stable, presque réconfortant.
La machine entra dans sa phase d'essorage et la salle se mit à vibrer très doucement, comme si le bâtiment retenait son souffle. Anaïs pensa à l'appartement qu'elle quittait le lendemain — pas avec tristesse, plutôt avec cette sensation qu'on a quand une lumière s'éteint dans une pièce où l'on ne retournera plus.
À vingt-trois heures vingt, une femme entra, tira deux sacs derrière elle. Elle vit Anaïs et dit simplement : Encore un peu de temps ? Anaïs fit oui de la tête sans parler. La femme s'installa à l'autre bout du banc, posa une petite radio dessus, mais ne l'alluma pas.
Elles restèrent ainsi jusqu'au bip de fin de cycle, dans le bourdonnement et la lumière hésitante.
Quand Anaïs prit son linge chaud et le plia contre elle, la clé était de nouveau dans sa main — elle ne se souvenait pas de l'avoir reprise. Elle la glissa dans sa poche. Il lui semblait que c'était la seule chose raisonnable à faire : garder ce qui vous est confié par hasard, au moins jusqu'au matin.
#nouvelle #nuit #fictionbrève #départ