Dimanche matin, 9h12. Je me glisse hors du métro ligne 2, station Barbès, et la lumière frappe différemment aujourd'hui. Pas le gris habituel de janvier, mais une sorte de blanc pâle qui fait scintiller les carreaux de faïence sale sur les murs. Je monte l'escalier en évitant un homme qui vend des chaussettes trois paires pour cinq euros. Sa voix porte : « Allez, allez, c'est cadeau ! » Je souris malgré moi. Ce n'est jamais vraiment un cadeau.
Dehors, le boulevard de la Chapelle s'étire devant moi comme une promesse bancale. Je voulais marcher vers le nord, longer le canal Saint-Martin, mais je me suis trompé de sortie. Erreur classique. Au lieu de rebrousser chemin, je décide de suivre cette fausse route. C'est souvent là qu'on découvre quelque chose.
Je passe devant un café libanais, puis un glacier qui vend des glaces en plein hiver. Qui achète ça par 6 degrés ? Une femme en manteau rouge, apparemment. Elle sort avec un cornet pistache et mord dedans avec une détermination presque agressive. Je me demande si elle a perdu un pari ou si elle vit simplement mieux que moi.
Plus loin, une façade écaillée porte un tag : « Paris te regarde, mais ne te voit pas ». Ça me colle à la peau. Je ralentis, je sors mon téléphone, je photographie. Un homme me voit faire et me lance : « Tu collectionnes les murs, toi ? » Je bredouille un truc poli, embarrassé. Il rit et continue son chemin. Je range mon téléphone.
Arrivé près de la gare du Nord, je m'arrête devant un kiosque à journaux tenu par un type qui fume sans interruption. Il me tend Le Parisien avant même que je demande. « C'est toujours celui-là, non ? » dit-il. Je hoche la tête. Je ne l'achète jamais, mais j'aime qu'il ait remarqué.
En rentrant par une ruelle que je ne connais pas, je tombe sur un square minuscule, presque caché. Trois bancs verts, un arbre nu, une balançoire qui grince doucement. Personne. Je m'assieds. Le bois du banc est froid, presque mouillé. Je reste cinq minutes, peut-être dix. Le silence ici est différent — ce n'est pas l'absence de bruit, c'est une pause, un creux entre deux vagues.
Je me demande si je repasserai par ici. Probablement pas. Les erreurs de métro ne se répètent jamais tout à fait de la même manière. Mais peut-être que c'est mieux ainsi. Garder ce square comme une petite poche secrète, un endroit qui n'existe que parce que je me suis trompé.
Et demain, est-ce que je prendrai la bonne sortie ou est-ce que je me tromperai exprès ?
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