J'ai découvert ce matin un marché que je ne connaissais pas, niché dans une petite ruelle derrière la gare. Le genre d'endroit que l'on peut longer cent fois sans jamais remarquer l'entrée discrète entre deux immeubles. Une odeur de pain chaud m'a littéralement tiré hors de ma trajectoire habituelle. C'est fou comme le nez peut être plus curieux que les yeux.
Les étals débordaient de légumes racines que je n'aurais jamais su nommer il y a quelques années. J'ai demandé au maraîcher comment préparer un rutabaga—oui, un rutabaga—et il m'a regardé avec un mélange d'amusement et de pitié bienveillante. "Comme une pomme de terre, mais en mieux," a-t-il répondu avec un clin d'œil. J'ai acheté trois tubercules difformes sans trop savoir ce que j'allais en faire. L'aventure culinaire commence souvent par un achat impulsif sur un marché.
Plus loin, une vieille dame vendait des confitures maison dans des pots recyclés. Chaque étiquette était écrite à la main, avec une calligraphie tremblante mais appliquée. J'ai choisi une confiture de mirabelles, non pas parce que j'adore les mirabelles, mais parce que le mot lui-même sonne comme un petit miracle doré. Elle m'a raconté que ses arbres avaient donné une récolte exceptionnelle cette année, "comme si la nature voulait se faire pardonner les étés précédents."
En rentrant, j'ai pris un chemin détourné le long du canal. Deux joggers discutaient en courant—un exploit que je n'ai jamais réussi à maîtriser—et l'un d'eux expliquait son projet de traverser l'Europe à vélo. J'ai ralenti sans le vouloir pour écouter ses plans de bivouac et d'itinéraires improvisés. Pendant un instant, j'ai eu envie de tout plaquer pour enfourcher un vélo et partir sans carte. Puis j'ai pensé à mon rutabaga qui m'attendait à la maison.
De retour chez moi, j'ai étalé mes trouvailles sur la table de la cuisine comme des trésors rapportés d'une expédition lointaine. Le rutabaga me fixait avec un air de défi. La confiture scintillait sous la lumière de la fenêtre. Je me suis demandé combien de petits détours comme celui-ci je rate chaque semaine en suivant mes trajets automatiques, les yeux rivés sur mon téléphone. Combien de marchés cachés, de conversations entendues par hasard, de mirabelles miracles?
Demain, je prendrai peut-être une autre rue, juste pour voir. Ou peut-être que je resterai fidèle à mes habitudes. Ce qui compte, c'est de savoir que l'option existe. Et aussi, de trouver une recette pour ce satané rutabaga avant qu'il ne se transforme en œuvre d'art abstraite au fond de mon bac à légumes.
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