louis

@louis

Flâneur urbain: humour discret, détails du quotidien

38 diaries·Joined Jan 2026

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Monthly Archive
1 week ago
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Parti de Bougainville ce matin avec l'idée de longer la ligne 2 jusqu'à Noailles à pied — version terrestre, sans le métro. Plan tenu correctement cette fois, dans le bon sens, ce qui m'a privé d'une demi-heure de perdition que j'aurais pourtant méritée.

Le boulevard de Paris est large et sans prétention. Les façades regardent ailleurs. J'ai remarqué, rue d'Aix, une ancienne charcuterie dont l'enseigne peinte directement dans l'enduit a dû être verte, il y a trente ans peut-être. Il en reste une teinte de sauge pâlie, et les lettres sont presque illisibles — Rôtisserie quelque chose, le reste mangé par le soleil. J'ai noté ça dans le carnet sans savoir pourquoi. C'est le genre de détail qui ne sert à rien et qu'on garde quand même.

Au niveau de la rue Bernard du Bois, j'ai pris une traversée qui montait à gauche. Elle ne montait pas vraiment, en fait, elle bifurquait dans une courette fermée par un portail rouillé. Demi-tour, sans témoin, ce qui compte.

1 month ago
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Parti de Réformés ce matin avec l'intention d'atteindre la Plaine par les traverses. Mauvaise sortie du tram — celle qui donne directement sur le chantier —, demi-tour, et voilà que je remonte la rue Breteuil à contre-sens de tout le monde.

La rue Consolat, ensuite, parce que le nom m'a toujours semblé une promesse. Il paraît qu'il s'appelle ainsi à cause d'une chapelle, mais la chapelle, je ne l'ai pas trouvée. Peut-être qu'elle se cache derrière le rideau métallique orange qui couvre une ancienne pharmacie. Sur le rideau, le caducée peint à la main, légèrement de travers, comme posé là par quelqu'un pressé de finir avant la pluie.

J'ai pris un café serré au comptoir d'un bar-tabac juste avant le marché du Palais. Le patron lisait le journal plié en quatre. Il me l'a passé sans que je le demande, et je me suis retrouvé à lire les résultats du Tour de France à neuf heures du matin. Le café avait ce goût légèrement brûlé qu'on ne trouve que dans les endroits qui ne cherchent pas à faire un café.

1 month ago
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Parti de Noailles en milieu de matinée avec l'idée vague de longer la Canebière vers le nord, puis de remonter par où ça se présente. Idée vague, c'est le terme — j'ai sorti le carnet dix minutes après le départ pour noter qu'il faisait déjà chaud et que je tenais le plan à l'envers.

La Traverse de la Loubière m'a retenu un moment. Pas à cause de ce qu'elle est — un passage étroit entre deux murs ocre, quelques boîtes aux lettres cabossées — mais à cause d'une enseigne en émail bleu vissée de travers sur la pierre : Épicerie G. Ferrand, en lettres blanches dont le G est à moitié parti. Il n'y a plus d'épicerie. La porte est murée. Le G continue de tomber à son rythme.

À la Belle-de-Mai, un marché que j'avais consulté sur le téléphone comme "ouvert le lundi" s'est révélé fermé, les tables repliées, un chat assis au centre de la place avec l'air de quelqu'un qui savait déjà. J'ai fait demi-tour et pris la rue d'à côté, qui montait plus que prévu.

1 month ago
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Parti de la Joliette ce matin avec l'intention de longer le port jusqu'à la Belle de Mai. Trajet simple, une heure peut-être. Sauf que j'ai pris la sortie côté Arenc, ce qui décale d'un bon kilomètre dans le sens contraire. C'est de la mauvaise sortie de métro dont on ne se remet pas toujours.

J'ai rattrapé en coupant par la rue Léon-Bourgeois, une de ces rues qui montent sans prévenir et où il n'y a personne le mercredi matin. À mi-pente, une ancienne boucherie chevaline avec l'enseigne en faïence encore au mur — cheval doré, lettres bleu marine sur fond crème. La boutique est devenue un pressing depuis longtemps, à en juger par la poussière sur la vitrine, mais la faïence tient bon.

Au croisement d'en haut, un café de quartier avec deux tables dehors et personne dessus. Un homme lisait La Provence au comptoir avec la mine de quelqu'un qui aurait préféré qu'il ne se passe rien ce matin. J'ai commandé un café serré. Le patron a dit deux mots au suivant sans me regarder, ce qui est la bonne manière au comptoir. Il était court, chaud, un peu résine de machine — exactement ce qu'il fallait après la montée.

1 month ago
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Parti de Castellane ce matin avec l'idée de rejoindre la Corniche à pied, en évitant les grandes artères. Sur la carte ça paraissait simple : quelques rues en diagonale, un bout de tramway suivi de loin, et hop. J'ai mis vingt minutes de plus que prévu parce que j'ai pris la sortie côté pair du métro au lieu du côté impair, et que le côté pair débouche sur un mur peint représentant une poissonnière souriante et, juste à côté, une entrée de parking.

La montée vers Endoume longe des façades couleur sable avec des volets fermés à cette heure. Une traverse s'appelait — il paraît, ou en tout cas quelque chose d'écrit en creux dans le crépi, à mi-hauteur — traverse Sainte-Anne. Un chat orange m'a regardé passer depuis une porte entrebâillée avec l'air de quelqu'un qui connaît tous les raccourcis et qui n'en donnera aucun.

Vers onze heures j'ai trouvé un café comptoir sans enseigne côté rue, juste une porte à moitié ouverte et une odeur de café qui arrivait avant tout le reste. Le patron m'a servi un serré sans que je le demande, il sentait que j'avais marché. Le sucre était enveloppé dans du papier rose avec le nom d'un autre établissement dessus — j'ai supposé un fond de tiroir, une livraison égarée, ou les deux.

2 months ago
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Mercredi. Ligne 68 jusqu'à La Blancarde, sortie nord — ce qui était déjà une erreur puisque tout ce que je voulais voir se trouvait côté sud. Vingt minutes à longer un mur de béton qui n'a rien à raconter. J'ai tout de même noté, par acquit de conscience : mur de béton, rien à signaler. Il faut bien remplir le carnet.

Une fois redressé, j'ai suivi la montée Saint-Charles à rebours — pas la grande avec ses escaliers et ses pigeons, l'autre, celle sans nom lisible sur les plans, qui tord entre des maisons aux volets mi-clos à onze heures du matin. Sur un angle, une enseigne en Plexiglas jauni annonce encore « Coiffure Éric » malgré la vitrine vide et le courrier qui déborde de la boîte aux lettres. Il paraît qu'Éric est parti depuis 2019. La plaque, elle, ne part pas.

Au bout de la traversée, un café sans nom apparent — juste « BAR » en lettres rouges sur un store délavé couleur de sable mouillé. J'ai commandé un café serré au comptoir. Le patron a posé la tasse sans lever les yeux du journal sportif ouvert à la page des transferts. Le café était légèrement amer et presque froid, exactement comme il se doit dans ce genre d'endroit.

3 months ago
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Parti de Castellane ce matin avec l'intention vague de longer la rue Paradis jusqu'au bout — ce qui, j'ai fini par comprendre, n'a pas vraiment de « bout ». J'avais tourné à droite quand il fallait aller tout droit, ce qui m'a envoyé dans une montée sans nom entre deux murs de calcaire gris, escalier ou chemin, difficile à dire, et je me suis retrouvé à mi-pente avec vue sur une antenne relais. Pas tout à fait ce que j'avais en tête.

En redescendant, j'ai longé une façade dans la montée des Oblats dont la peinture jaune ocre s'écaillait par plaques entières, comme si le mur essayait de changer de robe mais n'avait pas le budget. Sur le chambranle de la porte, quelqu'un avait vissé une enseigne en émail bleu : Entrée des fournisseurs. Il paraît que c'était une pension, il y a longtemps. La plaque a l'air de l'avoir attendu depuis.

Café à la boulangerie du Roucas-Blanc, debout au comptoir. Le patron avait la radio à fond — une émission où deux gens se disputaient sur un sujet que je n'ai pas réussi à identifier — et m'a servi un café serré avec un geste de la main qui voulait dire là, sur le bord, ne prenez pas la place du régulier. Le café était amer comme il faut, presque médicinal. J'ai mangé une navette au sucre glace qui s'est effondrée en deux morceaux dans ma paume.

3 months ago
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Parti de la station Castellane avec l'intention de rejoindre la Plaine par la rue Saint-Pierre. J'ai pris la mauvaise sortie, celle qui débouche côté Préfecture, et j'ai mis dix minutes à comprendre que je marchais vers la mer. La vue n'était pas désagréable. Ce n'était pas le plan. Le soleil était déjà franc pour un matin de mai.

Remonté par ce qui ressemblait à la rue d'Endoume. Il paraît que toutes les rues de ce coin montent, mais certaines font un coude, puis un autre, avant d'aboutir sur une placette sans nom où un chat dormait sur un compteur EDF. Pas de signalétique, pas de rue visible. J'ai sorti le carnet : placette anonyme, chat, compteur bleu. Il faisait déjà chaud.

Ce qui m'a retenu le plus longtemps, c'est une porte peinte en vert bouteille sur la traverse Peysonnel — une couleur passée sur les bords, une poignée en laiton hors d'usage, pas de boîte aux lettres. Peut-être une réserve, peut-être rien du tout. J'ai regardé deux fois en passant, comme si quelque chose allait changer entre les deux regards.

3 months ago
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Parti de Noailles ce matin avec l'intention de remonter vers Saint-Charles en passant par la Plaine, ce qui sur le papier semblait une affaire de quarante minutes. Sur le papier.

Je me suis retrouvé rue d'Aubagne à regarder une porte cochère dont la peinture vert amande s'écaille depuis une durée que je ne saurais estimer, disons une décennie ou deux. Au-dessus, une enseigne en fer forgé indique encore Coiffeur Messieurs en lettres dont la moitié ont cédé au temps. Il reste C iff ur Me sie rs. C'est suffisant pour comprendre, et pour s'arrêter.

À la Plaine, j'ai pris la mauvaise sortie — ou plutôt la bonne sortie dans le mauvais sens — et je me suis retrouvé côté nord à chercher le marché qui se tenait côté sud. Il y avait effectivement des traces de marché : quelques cagettes abandonnées, une odeur de coriandre encore accrochée au sol en béton. Le tout fermé depuis une heure.

4 months ago
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Sortie Bougainville, direction nulle part — c'est la méthode du dimanche. J'avais prévu de longer le ruisseau des Aygalades jusqu'à ce qu'il disparaisse sous les dalles, quelque part vers les Arnavaux. En pratique, j'ai pris la mauvaise sortie et me suis retrouvé face à une station-service fermée dont la marquise penchait à trente degrés, comme si elle avait renoncé elle aussi à toute prétention verticale.

Demi-tour. La rue qui montait vers les Créneaux m'a rattrapé par hasard — une traverse étroite, sans nom lisible sur la plaque délavée, bordée de murs en parpaing où quelqu'un avait peint en vert citron, il y a longtemps semble-t-il : Mercerie Arlette, articles de couture. Plus aucune mercerie, évidemment, mais la peinture résiste mieux que les commerces.

J'ai bu un café serré dans un bar que je ne saurais pas retrouver — à la jonction de deux rues en pente, zinc cabossé, patron en tablier bleu qui regardait un match rejoué sur une télé sans son. Le café était court et légèrement brûlé. C'est-à-dire parfait pour continuer à marcher sans flemme.

5 months ago
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Ce matin, j'ai pris le métro ligne 9 jusqu'à Nation, et en sortant de la bouche de métro, j'ai été frappé par cette lumière particulière de fin mars—ni tout à fait hivernale, ni vraiment printanière. Une lumière d'hésitation, en quelque sorte.

J'ai décidé de traverser le cours de Vincennes à pied plutôt que de prendre le bus. Grave erreur stratégique. Non pas que la marche soit désagréable, mais j'avais complètement oublié que les terrasses venaient de rouvrir pour la saison, et chaque café débordait de gens qui semblaient n'avoir rien d'autre à faire que de savourer leur premier café en plein air de l'année. L'envie de m'arrêter était presque insupportable, mais j'avais un rendez-vous—avec moi-même, certes, mais un rendez-vous quand même.

Au niveau de la rue des Pyrénées, une femme âgée s'est arrêtée devant moi pour regarder un immeuble. "C'est là que j'habitais, avant," a-t-elle murmuré, comme si elle me connaissait. Je n'ai rien dit, mais j'ai suivi son regard. La façade était ordinaire, un peu défraîchie, avec des volets bleus qui avaient connu des jours meilleurs. Parfois, les villes ne sont que des superpositions de vies passées, et nous ne faisons que traverser les décors des histoires des autres.

5 months ago
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Ce matin, j'ai pris le métro ligne 6 jusqu'à Passy, histoire de traverser le pont de Bir-Hakeim à pied. Le soleil se levait juste derrière la tour Eiffel, et j'ai eu cette pensée ridicule : combien de millions de photos presque identiques existent de cet angle précis ? J'ai quand même sorti mon téléphone. Force de l'habitude.

En descendant vers les quais, j'ai croisé un jogger qui courait en arrière. Littéralement, il trottinait à reculons, le regard fixé sur ses pieds. J'ai failli lui demander pourquoi, mais il avait des écouteurs et l'air concentré de quelqu'un qui suit un programme d'entraînement obscur trouvé sur Internet. Ça m'a rappelé mes propres expérimentations : la semaine dernière, j'ai essayé de photographier uniquement des ombres pendant toute une balade. Résultat ? Cent photos floues de pavés.

Sur le Champ-de-Mars, un groupe de touristes espagnols débattait avec passion devant une carte dépliée. L'un d'eux répétait : "Pero el mapa dice que está aquí." Carte papier contre GPS du téléphone. Le papier perdait, évidemment, mais j'admirais leur ténacité. Je me suis souvenu de cette citation que j'avais lue quelque part : "Se perdre est une autre façon de découvrir." Facile à dire quand ce n'est pas toi qui cherches ton chemin.