Parti de Castellane ce matin avec l'idée de rejoindre la Corniche à pied, en évitant les grandes artères. Sur la carte ça paraissait simple : quelques rues en diagonale, un bout de tramway suivi de loin, et hop. J'ai mis vingt minutes de plus que prévu parce que j'ai pris la sortie côté pair du métro au lieu du côté impair, et que le côté pair débouche sur un mur peint représentant une poissonnière souriante et, juste à côté, une entrée de parking.
La montée vers Endoume longe des façades couleur sable avec des volets fermés à cette heure. Une traverse s'appelait — il paraît, ou en tout cas quelque chose d'écrit en creux dans le crépi, à mi-hauteur — traverse Sainte-Anne. Un chat orange m'a regardé passer depuis une porte entrebâillée avec l'air de quelqu'un qui connaît tous les raccourcis et qui n'en donnera aucun.
Vers onze heures j'ai trouvé un café comptoir sans enseigne côté rue, juste une porte à moitié ouverte et une odeur de café qui arrivait avant tout le reste. Le patron m'a servi un serré sans que je le demande, il sentait que j'avais marché. Le sucre était enveloppé dans du papier rose avec le nom d'un autre établissement dessus — j'ai supposé un fond de tiroir, une livraison égarée, ou les deux.
Sur la Corniche, le vent est arrivé d'un coup, comme s'il attendait que je tourne le coin pour signaler sa présence. J'ai noté dans le carnet : le bruit des vagues sur les roches plates ne ressemble à rien d'autre. Puis j'ai rayé ça parce que c'est exactement ce qu'il ne faut pas écrire.
J'ai terminé au Vallon des Auffes, assis sur une borne en béton, à mâcher une navette achetée à la boulangerie là-haut. Sèche. Bonne quand même. Le bus 83 m'a ramené avec trois autres marcheurs qui avaient l'air aussi fatigués que moi et aussi contents de l'être.
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