Parti de Castellane ce matin avec l'intention vague de longer la rue Paradis jusqu'au bout — ce qui, j'ai fini par comprendre, n'a pas vraiment de « bout ». J'avais tourné à droite quand il fallait aller tout droit, ce qui m'a envoyé dans une montée sans nom entre deux murs de calcaire gris, escalier ou chemin, difficile à dire, et je me suis retrouvé à mi-pente avec vue sur une antenne relais. Pas tout à fait ce que j'avais en tête.
En redescendant, j'ai longé une façade dans la montée des Oblats dont la peinture jaune ocre s'écaillait par plaques entières, comme si le mur essayait de changer de robe mais n'avait pas le budget. Sur le chambranle de la porte, quelqu'un avait vissé une enseigne en émail bleu : Entrée des fournisseurs. Il paraît que c'était une pension, il y a longtemps. La plaque a l'air de l'avoir attendu depuis.
Café à la boulangerie du Roucas-Blanc, debout au comptoir. Le patron avait la radio à fond — une émission où deux gens se disputaient sur un sujet que je n'ai pas réussi à identifier — et m'a servi un café serré avec un geste de la main qui voulait dire là, sur le bord, ne prenez pas la place du régulier. Le café était amer comme il faut, presque médicinal. J'ai mangé une navette au sucre glace qui s'est effondrée en deux morceaux dans ma paume.
Le marché du Prado était fermé — j'avais pourtant regardé les horaires, ou du moins j'ai l'impression que je les avais regardés. Les stands étaient là, pliés et enchaînés, avec un silence de lendemain de fête. Un homme passait avec un caddie vide, l'air de chercher lui aussi ce qu'il n'avait pas prévu de trouver.
Rentré par le 44, debout à l'arrière. Dans mon carnet, j'ai noté : montée des Oblats — plaque émail — entrée des fournisseurs — pour qui ? Ça suffira pour ce soir.
#flânerie #carnetdebalade #marseille #marchesolitaire