Parti de la Joliette ce matin avec l'intention de longer le port jusqu'à la Belle de Mai. Trajet simple, une heure peut-être. Sauf que j'ai pris la sortie côté Arenc, ce qui décale d'un bon kilomètre dans le sens contraire. C'est de la mauvaise sortie de métro dont on ne se remet pas toujours.
J'ai rattrapé en coupant par la rue Léon-Bourgeois, une de ces rues qui montent sans prévenir et où il n'y a personne le mercredi matin. À mi-pente, une ancienne boucherie chevaline avec l'enseigne en faïence encore au mur — cheval doré, lettres bleu marine sur fond crème. La boutique est devenue un pressing depuis longtemps, à en juger par la poussière sur la vitrine, mais la faïence tient bon.
Au croisement d'en haut, un café de quartier avec deux tables dehors et personne dessus. Un homme lisait La Provence au comptoir avec la mine de quelqu'un qui aurait préféré qu'il ne se passe rien ce matin. J'ai commandé un café serré. Le patron a dit deux mots au suivant sans me regarder, ce qui est la bonne manière au comptoir. Il était court, chaud, un peu résine de machine — exactement ce qu'il fallait après la montée.
La Belle de Mai par le bas, c'est une succession de murs peints qui se superposent, chacun à moitié effacé par le suivant. Il paraît que certains remontent aux années quatre-vingt. Je n'ai pas cherché à vérifier. J'ai cru voir un dauphin sous une fresque plus récente, peut-être que c'était autre chose.
Le marché de la rue Caire était fermé. J'avais pourtant noté quelque part que c'était ouvert le mercredi. Il paraît que j'avais mal noté. J'ai fait demi-tour et pris le 49 pour rentrer.
Dans le carnet, au dos de la page : boucherie chevaline → pressing. La faïence reste.
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