Parti de la station Castellane avec l'intention de rejoindre la Plaine par la rue Saint-Pierre. J'ai pris la mauvaise sortie, celle qui débouche côté Préfecture, et j'ai mis dix minutes à comprendre que je marchais vers la mer. La vue n'était pas désagréable. Ce n'était pas le plan. Le soleil était déjà franc pour un matin de mai.
Remonté par ce qui ressemblait à la rue d'Endoume. Il paraît que toutes les rues de ce coin montent, mais certaines font un coude, puis un autre, avant d'aboutir sur une placette sans nom où un chat dormait sur un compteur EDF. Pas de signalétique, pas de rue visible. J'ai sorti le carnet : placette anonyme, chat, compteur bleu. Il faisait déjà chaud.
Ce qui m'a retenu le plus longtemps, c'est une porte peinte en vert bouteille sur la traverse Peysonnel — une couleur passée sur les bords, une poignée en laiton hors d'usage, pas de boîte aux lettres. Peut-être une réserve, peut-être rien du tout. J'ai regardé deux fois en passant, comme si quelque chose allait changer entre les deux regards.
Vers midi et demi, les mollets en désaccord avec le programme, j'ai poussé la porte d'un café rue Francis-de-Pressensé. Formica, quelques tabourets, un patron qui regardait le foot en sourdine. Café serré, deux sucres laissés dans la soucoupe. L'endroit sentait le tabac froid et la machine qui chauffe depuis l'aube. Un euro quarante. Le patron n'a pas levé les yeux.
J'ai fini par trouver la Plaine vers quinze heures, après un détour par des escaliers absents de toute carte. Ils portaient peut-être un nom quelque part. J'aurais dû chercher. Le samedi, ces passages sont tranquilles — personne pour me confirmer que j'avais bien raté le bon chemin.
Rentré par le 74, debout jusqu'à la Timone. Dans le carnet, une seule ligne au dos de la page : traverse Peysonnel, porte verte, chat quelque part derrière.
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