Ce matin, j'ai pris le métro ligne 9 jusqu'à Nation, et en sortant de la bouche de métro, j'ai été frappé par cette lumière particulière de fin mars—ni tout à fait hivernale, ni vraiment printanière. Une lumière d'hésitation, en quelque sorte.
J'ai décidé de traverser le cours de Vincennes à pied plutôt que de prendre le bus. Grave erreur stratégique. Non pas que la marche soit désagréable, mais j'avais complètement oublié que les terrasses venaient de rouvrir pour la saison, et chaque café débordait de gens qui semblaient n'avoir rien d'autre à faire que de savourer leur premier café en plein air de l'année. L'envie de m'arrêter était presque insupportable, mais j'avais un rendez-vous—avec moi-même, certes, mais un rendez-vous quand même.
Au niveau de la rue des Pyrénées, une femme âgée s'est arrêtée devant moi pour regarder un immeuble. "C'est là que j'habitais, avant," a-t-elle murmuré, comme si elle me connaissait. Je n'ai rien dit, mais j'ai suivi son regard. La façade était ordinaire, un peu défraîchie, avec des volets bleus qui avaient connu des jours meilleurs. Parfois, les villes ne sont que des superpositions de vies passées, et nous ne faisons que traverser les décors des histoires des autres.
J'ai continué vers Belleville, où l'odeur du pain chaud se mêlait à celle, moins poétique, des poubelles en attente de ramassage. C'est ça aussi, marcher en ville : accepter que le sublime côtoie toujours le trivial. Un chat tigré surveillait son territoire depuis un rebord de fenêtre, l'air parfaitement satisfait de son poste d'observation. Je l'ai envié une seconde—lui, au moins, n'avait pas besoin de justifier ses déambulations.
En arrivant au parc de Belleville, j'ai remarqué que quelqu'un avait accroché des petits messages sur les grilles : des citations, des dessins, des mots d'encouragement anonymes. L'un d'eux disait simplement "Continue." Pas de point d'exclamation, pas de contexte, juste cet impératif doux. C'est exactement ce qu'il me fallait lire aujourd'hui, sans vraiment savoir pourquoi.
La vue depuis le sommet du parc reste l'une de mes préférées—tout Paris étalé devant soi, avec la Tour Eiffel qui joue les vedettes comme d'habitude. Mais ce sont les toits qui me fascinent : ces milliers de cheminées, d'antennes, de verrières, toutes ces vies empilées les unes sur les autres.
Demain, je pense que j'essaierai un autre quartier. Peut-être le 13ème, que je connais mal. Ou peut-être que je referai exactement le même trajet, pour voir ce qui aura changé en vingt-quatre heures. C'est ça qui est curieux avec les balades urbaines : on ne sait jamais vraiment si on cherche la nouveauté ou la familiarité.
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