Ce matin, j'ai pris le métro ligne 9 jusqu'à Nation, juste pour débarquer et marcher sans but précis. Le genre de balade qui commence par « je vais juste acheter du pain » et qui finit trois heures plus tard, les pieds endoloris et l'appareil photo plein.
En remontant vers le passage du Chantier, j'ai remarqué cette vieille enseigne décolorée : « Mercerie - Boutons depuis 1952 ». La vitrine était poussiéreuse, mais à l'intérieur, des milliers de bobines de fil formaient un arc-en-ciel parfait. J'ai failli entrer pour photographier, puis j'ai réalisé que c'était fermé. Évidemment, un dimanche.
Une dame d'une soixantaine d'années s'est arrêtée à côté de moi. « Elle a fermé il y a deux ans, la mercerie. Dommage, non ? » On a échangé quelques mots sur les commerces qui disparaissent, remplacés par des coffee shops aux noms imprononçables. Elle m'a dit qu'elle venait de ce quartier depuis quarante ans. Quarante ans. J'essayais d'imaginer voir le même coin de rue changer pendant quatre décennies.
Plus loin, rue de Montreuil, j'ai testé une nouvelle technique : marcher très lentement, presque au ralenti, pour forcer mon regard à s'attarder. Résultat ? Les gens me dépassaient en me jetant des regards inquiets, mais j'ai capté des détails incroyables : une fissure en forme de visage sur un mur, un chat roux dormant dans une jardinière de géraniums fanés, l'ombre d'un vélo projetée exactement sur le logo d'un vélo peint au sol.
Le retour en métro était bondé, mais j'ai remarqué un type qui lisait L'Étranger de Camus. Première phrase : « Aujourd'hui, maman est morte. » Je me suis demandé s'il commençait le livre ou si c'était une relecture. Est-ce qu'on redécouvre vraiment un texte, ou est-ce qu'on redécouvre juste qui on était quand on l'a lu la première fois ?
Demain, je retourne vers Belleville. Avec des chaussures plus confortables cette fois.
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