Sortie Bougainville, direction nulle part — c'est la méthode du dimanche. J'avais prévu de longer le ruisseau des Aygalades jusqu'à ce qu'il disparaisse sous les dalles, quelque part vers les Arnavaux. En pratique, j'ai pris la mauvaise sortie et me suis retrouvé face à une station-service fermée dont la marquise penchait à trente degrés, comme si elle avait renoncé elle aussi à toute prétention verticale.
Demi-tour. La rue qui montait vers les Créneaux m'a rattrapé par hasard — une traverse étroite, sans nom lisible sur la plaque délavée, bordée de murs en parpaing où quelqu'un avait peint en vert citron, il y a longtemps semble-t-il : Mercerie Arlette, articles de couture. Plus aucune mercerie, évidemment, mais la peinture résiste mieux que les commerces.
J'ai bu un café serré dans un bar que je ne saurais pas retrouver — à la jonction de deux rues en pente, zinc cabossé, patron en tablier bleu qui regardait un match rejoué sur une télé sans son. Le café était court et légèrement brûlé. C'est-à-dire parfait pour continuer à marcher sans flemme.
Les Aygalades, finalement trouvées. Le ruisseau se laisse deviner sous des grilles rouillées entre deux entrepôts. Il paraît qu'il coulait à ciel ouvert jusqu'aux années soixante. J'ai cru voir une flaque qui lui ressemblait, mais c'était simplement une fuite d'une cour intérieure.
Les mollets ont commencé à émettre des protestations vers Saint-André. J'avais noté sur le carnet que la façade de la mercerie méritait un croquis, puis j'ai réalisé que je n'avais pris ni photo ni croquis — juste ces mots : vert citron, Arlette, couture. Le bus du retour sentait le pain chaud d'une boulangerie voisine, ou peut-être c'était moi qui inventais.
Rentré avec environ treize mille pas au compteur et une phrase dans le carnet. Je n'ai aucune idée de ce que j'en ferai.
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