Ce matin, j'ai pris le chemin des écoliers vers le marché de Belleville. L'air sentait le pain chaud et le café, cette combinaison parfaite qui fait croire que la journée sera meilleure qu'elle ne le sera probablement. Les pavés brillaient encore de la pluie nocturne, transformant les reflets des enseignes en tableaux impressionnistes sous mes pieds.
Au coin de la rue Denoyez, un vieil homme vendait des oranges sanguines. "Elles viennent de Sicile," m'a-t-il dit avec un clin d'œil complice, comme s'il me confiait un secret d'État. J'en ai acheté trois. La première était parfaite, acidulée et sucrée. La deuxième, un peu sèche. Peut-être que la Sicile aussi a ses mauvais jours.
J'ai décidé de faire une petite expérience: prendre uniquement des rues que je n'avais jamais empruntées auparavant. Résultat? Je me suis retrouvé dans une impasse où trois chats observaient un pigeon avec l'intensité de critiques d'art devant un Rothko. Le pigeon semblait conscient de son statut d'œuvre vivante et ne bougeait pas d'un millimètre.
Plus loin, j'ai remarqué que les graffitis changeaient de style tous les cinquante mètres. Certains étaient poétiques, d'autres franchement incompréhensibles. Mon préféré du jour: "Le bonheur, c'est maintenant ou jamais". Banal peut-être, mais honnête.
En rentrant, j'ai compté mes pas sans vraiment savoir pourquoi. Sept mille deux cent trente-quatre. Ce chiffre ne signifie rien, mais maintenant il existe, quelque part entre ma mémoire et cette page.
La question qui me suit jusqu'à ce soir: est-ce que les villes nous changent, ou est-ce nous qui les réinventons à chaque pas?
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