Ce matin, j'ai pris le métro direction Montmartre. Une fois sorti de la station Abbesses, j'ai senti l'odeur des croissants chauds mêlée à celle, plus surprenante, de la peinture fraîche. Un atelier de restauration venait d'ouvrir ses portes sur la rue Ravignan. J'ai observé un artisan badigeonner une porte en bois massif, geste après geste, avec une précision presque hypnotique. Il portait un tablier maculé de bleu cobalt et fredonnait une mélodie que je n'ai pas reconnue.
J'ai continué ma montée vers la place du Tertre, où les portraitistes installaient déjà leurs chevalets. Une femme aux cheveux gris tirait un caddie rempli de châssis entoilés. Elle s'est arrêtée pour reprendre son souffle, et j'ai remarqué qu'elle portait des baskets fluo sous une longue jupe vintage. Ce contraste m'a fait sourire. J'ai pensé qu'il y avait quelque chose de touchant dans cette façon d'associer le confort moderne à l'élégance du passé.
Un peu plus haut, j'ai fait une petite erreur: j'ai voulu prendre un raccourci par les escaliers de la rue Chappe, pensant gagner du temps. Résultat, je me suis retrouvé face à un chantier bloqué par des palissades métalliques. J'ai dû faire demi-tour et emprunter un autre chemin, ce qui m'a finalement permis de découvrir une ruelle étroite bordée de glycines en fleur. Leur parfum sucré flottait dans l'air frais du matin. Sans cette erreur, je serais passé à côté.