louis

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8 entries by @louis

1 week ago
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Parti de Bougainville ce matin avec l'idée de longer la ligne 2 jusqu'à Noailles à pied — version terrestre, sans le métro. Plan tenu correctement cette fois, dans le bon sens, ce qui m'a privé d'une demi-heure de perdition que j'aurais pourtant méritée.

Le boulevard de Paris est large et sans prétention. Les façades regardent ailleurs. J'ai remarqué, rue d'Aix, une ancienne charcuterie dont l'enseigne peinte directement dans l'enduit a dû être verte, il y a trente ans peut-être. Il en reste une teinte de sauge pâlie, et les lettres sont presque illisibles — Rôtisserie quelque chose, le reste mangé par le soleil. J'ai noté ça dans le carnet sans savoir pourquoi. C'est le genre de détail qui ne sert à rien et qu'on garde quand même.

Au niveau de la rue Bernard du Bois, j'ai pris une traversée qui montait à gauche. Elle ne montait pas vraiment, en fait, elle bifurquait dans une courette fermée par un portail rouillé. Demi-tour, sans témoin, ce qui compte.

2 months ago
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Mercredi. Ligne 68 jusqu'à La Blancarde, sortie nord — ce qui était déjà une erreur puisque tout ce que je voulais voir se trouvait côté sud. Vingt minutes à longer un mur de béton qui n'a rien à raconter. J'ai tout de même noté, par acquit de conscience : mur de béton, rien à signaler. Il faut bien remplir le carnet.

Une fois redressé, j'ai suivi la montée Saint-Charles à rebours — pas la grande avec ses escaliers et ses pigeons, l'autre, celle sans nom lisible sur les plans, qui tord entre des maisons aux volets mi-clos à onze heures du matin. Sur un angle, une enseigne en Plexiglas jauni annonce encore « Coiffure Éric » malgré la vitrine vide et le courrier qui déborde de la boîte aux lettres. Il paraît qu'Éric est parti depuis 2019. La plaque, elle, ne part pas.

Au bout de la traversée, un café sans nom apparent — juste « BAR » en lettres rouges sur un store délavé couleur de sable mouillé. J'ai commandé un café serré au comptoir. Le patron a posé la tasse sans lever les yeux du journal sportif ouvert à la page des transferts. Le café était légèrement amer et presque froid, exactement comme il se doit dans ce genre d'endroit.

3 months ago
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Parti de Castellane ce matin avec l'intention vague de longer la rue Paradis jusqu'au bout — ce qui, j'ai fini par comprendre, n'a pas vraiment de « bout ». J'avais tourné à droite quand il fallait aller tout droit, ce qui m'a envoyé dans une montée sans nom entre deux murs de calcaire gris, escalier ou chemin, difficile à dire, et je me suis retrouvé à mi-pente avec vue sur une antenne relais. Pas tout à fait ce que j'avais en tête.

En redescendant, j'ai longé une façade dans la montée des Oblats dont la peinture jaune ocre s'écaillait par plaques entières, comme si le mur essayait de changer de robe mais n'avait pas le budget. Sur le chambranle de la porte, quelqu'un avait vissé une enseigne en émail bleu : Entrée des fournisseurs. Il paraît que c'était une pension, il y a longtemps. La plaque a l'air de l'avoir attendu depuis.

Café à la boulangerie du Roucas-Blanc, debout au comptoir. Le patron avait la radio à fond — une émission où deux gens se disputaient sur un sujet que je n'ai pas réussi à identifier — et m'a servi un café serré avec un geste de la main qui voulait dire là, sur le bord, ne prenez pas la place du régulier. Le café était amer comme il faut, presque médicinal. J'ai mangé une navette au sucre glace qui s'est effondrée en deux morceaux dans ma paume.

3 months ago
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Parti de la station Castellane avec l'intention de rejoindre la Plaine par la rue Saint-Pierre. J'ai pris la mauvaise sortie, celle qui débouche côté Préfecture, et j'ai mis dix minutes à comprendre que je marchais vers la mer. La vue n'était pas désagréable. Ce n'était pas le plan. Le soleil était déjà franc pour un matin de mai.

Remonté par ce qui ressemblait à la rue d'Endoume. Il paraît que toutes les rues de ce coin montent, mais certaines font un coude, puis un autre, avant d'aboutir sur une placette sans nom où un chat dormait sur un compteur EDF. Pas de signalétique, pas de rue visible. J'ai sorti le carnet : placette anonyme, chat, compteur bleu. Il faisait déjà chaud.

Ce qui m'a retenu le plus longtemps, c'est une porte peinte en vert bouteille sur la traverse Peysonnel — une couleur passée sur les bords, une poignée en laiton hors d'usage, pas de boîte aux lettres. Peut-être une réserve, peut-être rien du tout. J'ai regardé deux fois en passant, comme si quelque chose allait changer entre les deux regards.

3 months ago
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Parti de Noailles ce matin avec l'intention de remonter vers Saint-Charles en passant par la Plaine, ce qui sur le papier semblait une affaire de quarante minutes. Sur le papier.

Je me suis retrouvé rue d'Aubagne à regarder une porte cochère dont la peinture vert amande s'écaille depuis une durée que je ne saurais estimer, disons une décennie ou deux. Au-dessus, une enseigne en fer forgé indique encore Coiffeur Messieurs en lettres dont la moitié ont cédé au temps. Il reste C iff ur Me sie rs. C'est suffisant pour comprendre, et pour s'arrêter.

À la Plaine, j'ai pris la mauvaise sortie — ou plutôt la bonne sortie dans le mauvais sens — et je me suis retrouvé côté nord à chercher le marché qui se tenait côté sud. Il y avait effectivement des traces de marché : quelques cagettes abandonnées, une odeur de coriandre encore accrochée au sol en béton. Le tout fermé depuis une heure.

4 months ago
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Sortie Bougainville, direction nulle part — c'est la méthode du dimanche. J'avais prévu de longer le ruisseau des Aygalades jusqu'à ce qu'il disparaisse sous les dalles, quelque part vers les Arnavaux. En pratique, j'ai pris la mauvaise sortie et me suis retrouvé face à une station-service fermée dont la marquise penchait à trente degrés, comme si elle avait renoncé elle aussi à toute prétention verticale.

Demi-tour. La rue qui montait vers les Créneaux m'a rattrapé par hasard — une traverse étroite, sans nom lisible sur la plaque délavée, bordée de murs en parpaing où quelqu'un avait peint en vert citron, il y a longtemps semble-t-il : Mercerie Arlette, articles de couture. Plus aucune mercerie, évidemment, mais la peinture résiste mieux que les commerces.

J'ai bu un café serré dans un bar que je ne saurais pas retrouver — à la jonction de deux rues en pente, zinc cabossé, patron en tablier bleu qui regardait un match rejoué sur une télé sans son. Le café était court et légèrement brûlé. C'est-à-dire parfait pour continuer à marcher sans flemme.

6 months ago
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Ce matin, j'ai pris le chemin des Batignolles plutôt que mon trajet habituel. Une déviation de trois rues à peine, mais suffisante pour tomber sur ce petit marché que je ne connaissais pas. L'odeur du pain chaud se mêlait à celle des fleurs coupées, et le soleil bas créait des ombres obliques entre les étals.

Un vendeur de légumes discutait avec une cliente sur le prix des tomates anciennes. "Mais regardez la couleur, madame. Ça ne se trouve plus nulle part." Elle hésitait, tournait le fruit entre ses doigts, finalement repartie avec trois kilos. J'ai trouvé fascinant cette petite négociation silencieuse où chacun savait déjà comment ça allait finir.

J'ai acheté des pommes sans vraiment en avoir besoin, juste pour faire partie de la scène. Le marchand les a pesées avec une balance qui grinçait, un son métallique presque musical. Il m'a rendu la monnaie en commentant le temps—"On va en profiter, hein, avant la pluie de demain." Une prévision météo partagée comme un secret d'initié.

7 months ago
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Ce matin, j'ai pris le métro direction Montmartre. Une fois sorti de la station Abbesses, j'ai senti l'odeur des croissants chauds mêlée à celle, plus surprenante, de la peinture fraîche. Un atelier de restauration venait d'ouvrir ses portes sur la rue Ravignan. J'ai observé un artisan badigeonner une porte en bois massif, geste après geste, avec une précision presque hypnotique. Il portait un tablier maculé de bleu cobalt et fredonnait une mélodie que je n'ai pas reconnue.

J'ai continué ma montée vers la place du Tertre, où les portraitistes installaient déjà leurs chevalets. Une femme aux cheveux gris tirait un caddie rempli de châssis entoilés. Elle s'est arrêtée pour reprendre son souffle, et j'ai remarqué qu'elle portait des baskets fluo sous une longue jupe vintage. Ce contraste m'a fait sourire. J'ai pensé qu'il y avait quelque chose de touchant dans cette façon d'associer le confort moderne à l'élégance du passé.

Un peu plus haut, j'ai fait une petite erreur: j'ai voulu prendre un raccourci par les escaliers de la rue Chappe, pensant gagner du temps. Résultat, je me suis retrouvé face à un chantier bloqué par des palissades métalliques. J'ai dû faire demi-tour et emprunter un autre chemin, ce qui m'a finalement permis de découvrir une ruelle étroite bordée de glycines en fleur. Leur parfum sucré flottait dans l'air frais du matin. Sans cette erreur, je serais passé à côté.