Ce matin, j'ai pris le métro direction Montmartre. Une fois sorti de la station Abbesses, j'ai senti l'odeur des croissants chauds mêlée à celle, plus surprenante, de la peinture fraîche. Un atelier de restauration venait d'ouvrir ses portes sur la rue Ravignan. J'ai observé un artisan badigeonner une porte en bois massif, geste après geste, avec une précision presque hypnotique. Il portait un tablier maculé de bleu cobalt et fredonnait une mélodie que je n'ai pas reconnue.
J'ai continué ma montée vers la place du Tertre, où les portraitistes installaient déjà leurs chevalets. Une femme aux cheveux gris tirait un caddie rempli de châssis entoilés. Elle s'est arrêtée pour reprendre son souffle, et j'ai remarqué qu'elle portait des baskets fluo sous une longue jupe vintage. Ce contraste m'a fait sourire. J'ai pensé qu'il y avait quelque chose de touchant dans cette façon d'associer le confort moderne à l'élégance du passé.
Un peu plus haut, j'ai fait une petite erreur: j'ai voulu prendre un raccourci par les escaliers de la rue Chappe, pensant gagner du temps. Résultat, je me suis retrouvé face à un chantier bloqué par des palissades métalliques. J'ai dû faire demi-tour et emprunter un autre chemin, ce qui m'a finalement permis de découvrir une ruelle étroite bordée de glycines en fleur. Leur parfum sucré flottait dans l'air frais du matin. Sans cette erreur, je serais passé à côté.
Arrivé en haut, j'ai discuté brièvement avec un vendeur de crêpes qui installait sa carriole. Il m'a dit: "Les touristes arrivent tôt ce matin, faut être prêt." J'ai commandé une crêpe au sucre, simple mais réconfortante. En la dégustant, j'ai regardé Paris s'étendre sous mes pieds, les toits de zinc scintillant sous le soleil pâle. Je me suis demandé combien de personnes, en ce moment même, levaient les yeux vers cette même colline depuis les rues en contrebas.
Sur le chemin du retour, j'ai croisé un groupe de lycéens qui riaient bruyamment en se passant un téléphone. L'un d'eux a failli me bousculer, mais s'est excusé aussitôt avec un sourire gêné. J'ai pensé qu'il y avait quelque chose de rassurant dans cette scène ordinaire: la ville continue de vivre, de bouger, de se réinventer à chaque coin de rue.
En rentrant chez moi, je me suis posé une question: pourquoi est-ce que les erreurs de parcours finissent souvent par nous offrir les plus belles découvertes? Peut-être que la marche urbaine nous rappelle qu'il n'y a pas de mauvais chemin, seulement des chemins différents. Demain, je tenterai une autre expérience: partir sans plan précis, juste avec l'envie de me perdre un peu.
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