Parti de Noailles en milieu de matinée avec l'idée vague de longer la Canebière vers le nord, puis de remonter par où ça se présente. Idée vague, c'est le terme — j'ai sorti le carnet dix minutes après le départ pour noter qu'il faisait déjà chaud et que je tenais le plan à l'envers.
La Traverse de la Loubière m'a retenu un moment. Pas à cause de ce qu'elle est — un passage étroit entre deux murs ocre, quelques boîtes aux lettres cabossées — mais à cause d'une enseigne en émail bleu vissée de travers sur la pierre : Épicerie G. Ferrand, en lettres blanches dont le G est à moitié parti. Il n'y a plus d'épicerie. La porte est murée. Le G continue de tomber à son rythme.
À la Belle-de-Mai, un marché que j'avais consulté sur le téléphone comme "ouvert le lundi" s'est révélé fermé, les tables repliées, un chat assis au centre de la place avec l'air de quelqu'un qui savait déjà. J'ai fait demi-tour et pris la rue d'à côté, qui montait plus que prévu.
J'ai finalement atterri dans un café au décor de 1987 resté intact — formica beige, lampe en plastique orange — et commandé un café serré. Le patron l'a posé sans un mot, mais m'a regardé noter quelque chose dans le carnet avec une expression entre la curiosité et la méfiance. Le café était très court, très chaud, un peu amer : exactement ce qu'il fallait.
Le retour s'est fait en tram, les mollets ayant rendu leur verdict aux alentours de la quatrième montée. Dans le carnet, une ligne gribouillée dans le wagon : enseigne G. Ferrand, G qui tombe doucement. C'est à peu près tout ce que j'avais à retenir.
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