Ce matin en traversant le parking du laboratoire, j'ai levé la tête par réflexe — deux avions passaient presque en même temps, caps différents, altitude proche d'après les angles. Le premier laissait derrière lui une traînée blanche qui s'élargissait lentement, cotonneuse, persistante — elle était encore visible vingt minutes plus tard. Le second : rien, ou presque. Une fine ligne qui s'effaçait en moins de dix secondes. Même ciel, même moment, deux comportements opposés. La question s'est posée d'elle-même.
Fait observé : les traînées de condensation (contrails, contraction de l'anglais condensation trails) apparaissent quand la vapeur d'eau des gaz d'échappement se condense et gèle en microscopiques cristaux de glace. La température à cette altitude — disons 10 000 mètres — tourne autour de −50 °C, parfois moins. C'est une physique simple de changement de phase.
Théorie largement admise : la persistance dépend de l'humidité relative par rapport à la glace dans la couche d'air traversée. Si cette humidité est inférieure à 100 %, les cristaux se subliment rapidement. Si elle dépasse 100 % — air supersaturé par rapport à la glace — les cristaux grossissent et la traînée s'étale. Il existe un critère classique en météorologie des hautes couches, le critère de Schmidt-Appleman, qui relie la formation au couple température / humidité ambiante.
Ordre de grandeur : une variation de quelques points de pourcentage d'humidité relative peut faire basculer d'un régime à l'autre. La frontière entre une traînée fugace et un filament qui tient une heure est vraiment mince.
Ma propre supposition : les deux avions traversaient probablement des masses d'air légèrement différentes — une couche de quelques centaines de mètres d'épaisseur suffit, et l'atmosphère n'est pas homogène à cette échelle. Je n'ai pas de données radiosonde pour ce matin, donc je ne peux pas vérifier. Je reste à l'observation.
Ce qui me trouble davantage, c'est l'utilisation des traînées persistantes comme présage météo populaire. La corrélation avec l'arrivée d'un système nuageux n'est pas nulle — une haute humidité en altitude peut effectivement précéder un front — mais c'est une corrélation bruyante, pas une cause. Je n'irais pas parier ma journée là-dessus.
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