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Il y a un moment, dans le troisième mouvement de Promises, où le saxophone de Pharoah Sanders entre si lentement qu'on ne sait pas exactement quand il a commencé — un souffle qui devient note, une note qui devient voix. Ce passage seul justifie de rester assis quarante-six minutes.
Promises, Floating Points, Pharoah Sanders & The London Symphony Orchestra, 2021. Une seule pièce en neuf mouvements, enregistrée à Abbey Road. J'y suis revenu ce samedi matin avec le casque fermé, la pluie d'octobre contre la fenêtre du salon, rien à faire d'autre.
La forme d'abord : un motif répété, quelque chose entre clavecin électronique et harpe synthétique — Sam Shepherd ne précise pas les instruments, je n'ai pas cherché à vérifier. Ce motif traverse toute la pièce, inchangé ou presque, tel un sol ferme. Les cordes du London Symphony glissent par nappes larges et lentes. Sanders improvise par-dessus et autour, jamais contre — les deux lignes coexistent sans friction ni tension recherchée. C'est de la musique qui ne cherche pas à surprendre ; elle cherche à maintenir quelque chose.
Ce que l'œuvre ne tente pas : la rupture dramatique, le climax construit, la virtuosité affichée. Sanders avait quatre-vingt ans à l'enregistrement, et Shepherd choisit de l'accueillir plutôt que de le mettre en scène. La nuance est réelle et elle colore l'écoute entière.
Ce qui tient : la durée elle-même, qui finit par dissoudre l'attention critique. Après vingt minutes, je n'analysais plus, j'entendais. Ce qui n'arrive pas tout à fait : l'orchestre reste dans un rôle d'accompagnement — les cordes sont belles, mais elles portent sans vraiment dialoguer avec Sanders. Il me semble qu'il y avait là une conversation possible que l'arrangement n'a pas cherchée.
La seconde écoute révèle ceci : le motif de harpe ou de clavecin n'est pas aussi statique qu'il y paraît. Le tempo varie par endroits, subtilement. C'est probablement là, dans ces micro-variations, que l'œuvre respire.
#critique #musique #jazz #carnetdécoute
Il y a un accord de piano — do, mi bémol, si bémol — qui reste suspendu pendant presque quarante secondes à l'ouverture de Promises, avant que le saxophone de Pharoah Sanders ne glisse dedans comme de l'eau dans une fissure. C'est cette entrée-là qui m'a retenu hier soir, casque fermé, pluie sur les fenêtres du Plateau.
Promises — Floating Points, Pharoah Sanders et le London Symphony Orchestra, 2021 — est une seule pièce de quarante-six minutes découpée en neuf mouvements, construite sur un ostinato de clavier qui ne part jamais. L'idée, portée par Sam Shepherd, est d'un classicisme presque provocant : un drone harmonique comme fondation, un soliste de jazz légendaire comme voix principale, des cordes qui commentent sans jamais envahir. La forme ne cherche pas à surprendre. Elle cherche à tenir.
Ce qui tient, c'est précisément la résistance à la démonstration. Sanders, alors quatre-vingts ans, ne joue pas fort. Il joue lentement, avec des vibratos larges et des silences qui semblent calibrés pour laisser de l'espace à ce qu'on a entendu juste avant. Les cordes de l'Orchestre ne font pas de contrechant — elles soulignent, elles doublent, elles respirent avec lui. La production de Shepherd laisse les textures légèrement rugueuses, sans surlissage numérique apparent. On entend la salle. C'est un choix rare, et il compte.
Ce que l'œuvre ne tente pas : le conflit, la montée dramatique, la résolution catartique. Ce n'est pas un défaut — c'est le projet. Là où ça arrive moins, c'est dans les mouvements centraux, quand l'ostinato tourne depuis vingt minutes et que ni le saxophone ni les cordes ne proposent de décalage, de friction. On attend quelque chose qui ne vient pas — non par frustration, mais par habitude d'écoute. Ce que ça dit sur nos attentes envers la durée mérite qu'on s'y arrête.
Je l'avais écouté une première fois en décembre dernier, enceintes ouvertes, en cuisinant, et je n'avais pas vraiment saisi. Hier soir, au casque, dans le noir, la pluie dehors : différent. L'album demande une certaine neutralisation du monde extérieur pour fonctionner pleinement. Il me semble que c'est à la fois une qualité et une limite — quelque chose qui tient à la fois de la méditation et de la fragilité contextuelle.
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