Aujourd'hui, j'ai ouvert le placard à épices et le parfum du cumin m'a transportée directement à Marrakech, il y a deux ans. Je revois les étals colorés du souk, les pyramides d'épices dorées sous le soleil, le marchand qui me tendait une pincée de ras-el-hanout à respirer. J'ai refermé les yeux quelques secondes dans ma cuisine parisienne, et ce simple geste m'a rappelé pourquoi j'aime tant cuisiner : chaque saveur porte une histoire.
Ce matin, j'ai décidé de tenter un tajine d'agneau aux abricots secs. J'ai commencé par faire revenir l'oignon émincé dans l'huile d'olive, jusqu'à ce qu'il devienne translucide et légèrement doré. Puis j'ai ajouté l'agneau coupé en morceaux, saisi à feu vif pour capturer les sucs. L'odeur qui s'est dégagée était déjà prometteuse : viande grillée, oignon caramélisé, première couche de parfum.
Ensuite, j'ai incorporé les épices : cumin, coriandre, gingembre, cannelle, une pointe de safran. J'ai fait l'erreur de verser le safran trop tôt, directement sur la viande chaude. Les filaments ont brûlé en quelques secondes, laissant un goût légèrement amer. J'ai appris qu'il vaut mieux le diluer dans un peu d'eau tiède avant de l'ajouter, pour qu'il libère sa couleur et son arôme sans s'abîmer. Une petite leçon que je n'oublierai pas.
J'ai versé le bouillon, ajouté les abricots moelleux, couvert le tajine et laissé mijoter deux heures à feu doux. La cuisine s'est remplie d'une vapeur parfumée, sucrée-salée, épicée juste ce qu'il faut. De temps en temps, je soulevais le couvercle pour vérifier la texture. La viande se détachait presque toute seule à la fourchette, les abricots avaient fondu dans la sauce, créant une onctuosité inattendue.
Au moment de servir, j'ai goûté une cuillère de sauce. Le goût était rond, profond, avec cette chaleur douce du gingembre qui monte lentement, puis la fraîcheur sucrée des abricots qui équilibre tout. L'aftertaste était presque floral, grâce au safran qui avait finalement révélé ses arômes malgré mon petit accident. J'ai servi le plat avec de la semoule fine, parsemée d'amandes grillées et de coriandre fraîche hachée.
Ma voisine est passée à l'improviste, elle a senti l'odeur dans l'escalier.
« Camille, qu'est-ce que tu as préparé ? Ça sent tellement bon ! »
Je lui ai proposé de goûter. Elle a pris une bouchée, fermé les yeux, souri.
« On dirait que je suis ailleurs. C'est magique. »
Ce genre de moment me rappelle que la cuisine, ce n'est pas seulement nourrir le corps. C'est créer un pont entre les cultures, entre les souvenirs, entre les gens. Un tajine préparé à Paris avec des épices marocaines, partagé avec une voisine française, ça raconte quelque chose de notre époque, de cette circulation des saveurs qui nous enrichit tous.
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