L'ail dans l'huile froide — pas encore chauffée, juste posée dans la poêle. Une odeur douce, presque laiteuse, qui monte lentement quand le métal commence à tiédir. C'est le moment où je décide vraiment ce que je vais cuisiner.
J'avais pris des asperges vertes chez Marcel au Capucins samedi matin. Fines, pas les grosses bottes d'importation qui restent fibreuses même bien cuites. Les siennes viennent d'un maraîcher de l'Entre-deux-Mers ; il me l'a dit en les enveloppant, avec le sérieux de quelqu'un qui tient à la provenance. Je les ai gardées deux jours debout dans un verre d'eau au frais.
Ce soir, risotto d'asperges pour une seule. J'ai fait revenir l'oignon nouveau trop vif — une distraction, un message lu en pleine cuisine — et il a pris une légère couleur avant que je rattrape. Le bouillon a absorbé quelque chose de plus caramélisé, presque torréfié en fond de palais. Pas prévu, mais pas gênant. J'ai ajouté les pointes hors du feu pour qu'elles restent fermes sous la dent.
Le riz crémeux, les pointes qui cèdent sans s'écraser — une résistance nette, puis ce goût végétal et légèrement amer qui s'attarde. Pas de parmesan ce soir ; seulement un reste de vieux comté râpé fin. Il a fondu sans disparaître, laissant un arrière-goût de noisette que le parmesan n'aurait pas donné.
Ma grand-mère cuisait les asperges à l'eau, liées en botte, et les servait avec une vinaigrette moutardée. Je pense souvent à sa façon de goûter : une petite cuillère, les yeux mi-clos, puis encore un peu de sel, voilà. J'avais oublié le sel au départ. Je me suis rattrapée, mais il manquait ce fond minéral qu'on ne récupère jamais tout à fait après coup.
Assiette posée près de la fenêtre ouverte. Le vent sentait la pluie et le tilleul.
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