L'ail chauffait dans l'huile froide, lentement, sans siffler encore — juste ce murmure qui précède. J'avais posé la sauteuse sur feu doux et je n'avais rien à faire pendant quelques minutes, alors j'ai regardé les courgettes sur la planche, encore couvertes de terre fine du maraîcher rue du Chai-des-Farines.
Il m'avait dit, ce matin au marché des Capucins, qu'elles venaient d'être coupées à l'aube. Petites, fermes, à peine plus longues que ma main. J'en ai pris six, de quoi cuisiner deux jours.
Je les ai tranchées en rondelles épaisses, jetées dans la sauteuse avec l'ail doré. Le contact a produit un crépitement court, puis tout s'est calmé. L'arôme qui est monté — herbe sèche, huile chaude, quelque chose de légèrement sucré — m'a rappelé un été chez ma grand-mère, quand elle coupait les courgettes de son jardin au-dessus d'une vieille casserole émaillée, sans regarder ce qu'elle faisait, les yeux tournés vers la fenêtre.
J'avais oublié le sel. Je l'ai ajouté après cinq minutes, trop tard pour qu'il pénètre vraiment la chair. Le résultat était curieux : les rondelles avaient un fond doux, presque laiteux, que le sel en surface ne corrigeait qu'en fin de mâche. Pas désagréable — différent. Une texture qui cède sans résister, puis un arrière-goût végétal qui s'attarde, tranquille.
J'ai ajouté quelques feuilles de basilic froissées à la main — le dernier du pot planté sur le rebord de fenêtre au printemps, à bout de souffle. Pas de thym cette fois, même si j'en avais. Le basilic suffisait, il ne fallait pas charger.
Mangé debout, à même la sauteuse, avec du pain qui craque sous la dent avant de céder en mie souple. La cuisine sentait encore l'ail et le basilic chaud quand j'ai éteint la lumière.
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