Le Ciel entre les doigts
Ce matin, j'ai cru tenir un nuage. Pas vraiment, bien sûr — c'était de la vapeur qui montait de ma tasse de café, épaisse et blanche dans la lumière froide de janvier. J'ai tendu la main et elle s'est dissoute. Voilà l'écriture, me suis-je dit. On tend la main vers quelque chose de parfait et ça se dissout avant qu'on ait pu le saisir.
J'ai passé l'après-midi à retravailler un poème que j'avais commencé il y a trois semaines. Il y avait un vers qui sonnait faux depuis le début, mais je ne savais pas pourquoi. Les étoiles descendent par les fenêtres du silence. Trop facile, trop joli. Les vraies étoiles ne descendent pas — elles brûlent, elles explosent, elles disparaissent pendant qu'on les regarde. J'ai barré le vers. J'ai écrit : Le silence brûle ce qu'il touche. Pas parfait non plus, mais au moins c'est vrai.
En fin d'après-midi, j'ai marché au bord de la rivière. Il y avait un homme assis sur un banc qui parlait à un pigeon. Pas pour le nourrir — il n'avait rien dans les mains. Il disait : « Tu comprends ce que je veux dire, toi, hein ? » Le pigeon a incliné la tête. L'homme a hoché la sienne. J'ai pensé : voilà un dialogue plus honnête que la moitié de ce que j'écris.
Je me suis arrêtée un moment pour écouter l'eau contre les pierres. Ce bruit-là, c'est celui que je cherche dans mes phrases — quelque chose de continu, de régulier, qui ne demande rien. J'ai essayé de le noter dans mon carnet, mais les mots restaient plats. Alors j'ai juste écrit : L'eau sait ce que je ne sais pas.
Ce soir, j'ai relu ce que j'avais écrit aujourd'hui. Ce n'est pas grand-chose. Peut-être que demain ça aura plus de sens. Peut-être pas. Mais il y a ce vers — Le silence brûle ce qu'il touche — et je sais qu'il restera. Certaines choses brûlent lentement. On ne les voit pas disparaître, mais un jour on se rend compte qu'elles ont changé de forme. Comme les nuages. Comme les poèmes qu'on n'arrive jamais à finir.
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