La lumière d'après-midi filtrait à travers les persiennes, découpant le parquet en bandes dorées. J'ai passé la matinée à relire un vieux manuscrit, celui que j'avais abandonné l'automne dernier. Les pages sentaient encore le café renversé, cette tache brune au coin du chapitre trois.
Je ne sais pas pourquoi j'ai résisté si longtemps. Peut-être parce que reprendre un texte, c'est admettre qu'on n'a pas réussi du premier coup. Mais en le lisant aujourd'hui, j'ai vu ce qui manquait : pas plus de description, pas plus de péripéties. Juste un peu de silence entre les mots. Les personnages parlaient trop, expliquaient tout. Ils ne laissaient aucune place au lecteur.
J'ai supprimé trois pages de dialogue. Au début, ça m'a fait mal, comme arracher des dents. Puis j'ai relu la scène. Elle respirait enfin. Le personnage principal ne dit plus qu'il a peur—il regarde simplement par la fenêtre pendant que l'autre attend une réponse qui ne vient pas.
Vers seize heures, j'ai fait une pause. Thé vert, fenêtre ouverte. Un merle chantait dans le jardin du voisin, toujours le même refrain en boucle. Je me suis demandé s'il répétait par plaisir ou par nécessité, si la répétition le rassurait ou l'ennuyait. Probablement ni l'un ni l'autre. Il chantait, c'est tout.
En rentrant à mon bureau, j'ai relu la dernière phrase que j'avais écrite : "Elle ferma la porte sans bruit, comme si le silence pouvait effacer ce qui venait d'être dit." Je l'ai gardée. Parfois, il faut savoir quand s'arrêter.
Ce soir, je pense à tous ces espaces blancs qu'on laisse dans un texte. Ces respirations. Ce qu'on choisit de ne pas dire pèse autant que ce qu'on écrit. Peut-être plus.
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