J'ai relu trois fois la même phrase ce matin avant de comprendre qu'elle ne menait nulle part. Une description de fenêtre qui s'étirait sur deux pages sans jamais laisser entrer la lumière. J'ai effacé le tout, gardé seulement : La vitre tremblait. Quatre mots. Le reste était du bruit.
En marchant vers le marché, j'ai entendu une femme dire à son fils : « Tu verras, ça passera comme le reste. » Le garçon ne répondait pas, il fixait ses lacets défaits. Je me suis demandé ce qui devait passer. Une peine d'amitié, un mauvais résultat, une colère rentrée. J'ai imaginé dix histoires différentes avant d'arriver aux étals de légumes. C'est peut-être ça, écrire : inventer les silences des autres.
J'ai acheté des poires qui n'étaient pas mûres. Le vendeur m'a dit de les laisser deux jours près de la fenêtre. Deux jours d'attente pour quelque chose qui existe déjà. Comme un manuscrit dans un tiroir. Comme une fin que je connais mais que je n'ose pas encore écrire.
Rentrée chez moi, j'ai ouvert le cahier bleu, celui que je garde pour les fragments. J'y ai noté : Certaines portes ne grincent que lorsqu'on les ferme. Je ne sais pas encore où cela ira, mais la phrase demandait à exister. Elle attendait depuis hier soir, suspendue quelque part entre le sommeil et le réveil.
Le soir est tombé sans prévenir. J'ai allumé une bougie plutôt que la lampe. La flamme transforme les ombres en personnages. Elles bougent, hésitent, disparaissent quand je tourne la page. Si j'écrivais une scène maintenant, elle sentirait la cire tiède et le papier ancien. Elle aurait le poids du mercredi qui s'achève, cette fatigue douce des jours qui ne promettent rien.
Demain, je retournerai à cette phrase que j'ai effacée. Peut-être qu'elle méritait de trembler, finalement. Peut-être que le bruit fait partie de la lumière.
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