Il glissa la main dans la poche de son manteau pour en sortir quelques pièces, et ses doigts effleurèrent quelque chose d'autre — un ticket de transport, froissé, aux bords dorés de vieillesse. Il le posa sur le rebord de la machine à laver sans le regarder davantage.
La laverie était vide à cette heure. Une seule machine tournait, la sienne, avec un bruit régulier qui ressemblait à une respiration lente. Le néon du fond clignota une fois, deux fois, puis tint bon. Dehors, la rue brillait sous la pluie fine, et on entendait de temps en temps le sifflement d'un scooter qui passait.
Un homme entra. La quarantaine peut-être, un sac en plastique noué à la main. Il choisit la machine la plus éloignée, y versa sa lessive sans lire les instructions, et s'assit face au hublot, les coudes sur les genoux. Ils ne se dirent rien. C'était la règle implicite de ces endroits, la nuit.
Il y avait quelque chose de convenable dans ce silence partagé. Deux étrangers, deux machines, la ville dehors qui ne dormait pas tout à fait. L'homme au sac regardait tourner son linge avec une attention qu'on réserve d'ordinaire aux choses qui vous ont échappé et qu'on essaie de comprendre trop tard.
À un moment, sans raison précise, il se leva et alla se chercher un café à la distributrice. Il hésita, puis en prit deux. Il en posa un sur le banc vide à côté de l'autre homme. Celui-ci le regarda, puis regarda le gobelet, puis hocha la tête. Rien d'autre ne fut dit.
Quand sa machine s'arrêta, il reprit son manteau. Le ticket était toujours là sur le rebord, comme s'il l'attendait. Il le retourna enfin : une date de trois ans plus tôt, un trajet vers une station qu'il ne fréquentait plus, pour une raison qu'il ne voulait pas tout à fait nommer. Il le remit dans sa poche, sans savoir pourquoi, comme si cela comptait encore, et poussa la porte vitrée.
La pluie avait cessé. La rue sentait le pavé mouillé et quelque chose d'autre, plus doux, qu'il ne sut pas nommer non plus.
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