Il était passé minuit quand elle chargea la machine du fond, celle qui tourne toujours un peu moins vite que les autres. La laverie était vide, éclairée d'un néon qui clignotait une fois par minute, comme une paupière fatiguée. Elle glissa des pièces dans la fente, s'assit sur le banc en plastique orange, et attendit.
Par la vitre ronde, le linge tournait. Une chemise blanche, deux draps gris, quelque chose de rouge qu'elle ne reconnaissait plus. Elle avait l'habitude de ce vide — pas désagréable, juste large. La machine ronronnait. Dehors, une voiture passa sans s'arrêter.
Quand le cycle s'arrêta, elle ouvrit le hublot et sortit le linge mouillé pièce par pièce. Au fond, contre la paroi en métal, quelque chose brillait légèrement. Elle l'attrapa du bout des doigts : une clé. Petite, dorée, du genre qui n'ouvre pas une porte d'appartement. Peut-être un cadenas, peut-être une boîte à lettres d'un autre temps.
Elle la tint un moment sous le néon. Il semblait que la clé avait appartenu à quelqu'un de méticuleux — les dents étaient propres, sans rouille. Elle essaya de se souvenir si elle avait glissé quelque chose dans ses poches avant de venir. Non. Rien.
Elle aurait pu la laisser sur le bord de la machine, comme on laisse une pièce tombée sur le trottoir pour que quelqu'un d'autre la trouve. Mais elle ne le fit pas. Elle la glissa dans la poche de sa veste, à côté d'un vieux ticket de tram qu'elle n'avait jamais jeté.
En sortant, le néon cligna une dernière fois. Elle n'entendit pas le store se baisser derrière elle — il n'y en avait pas — mais elle eut l'impression que quelque chose se fermait quand même, doucement, dans son dos.
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