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Ce matin, en dépouillant un carton de registres paroissiaux de la paroisse Saint-Pierre-le-Jeune, j'ai trouvé une naissance annotée deux fois dans la marge. L'acte principal, daté du 14 brumaire an VII (4 novembre 1798), porte le prénom Marguerite-Anne. Mais une main différente — plus hésitante, à l'encre brunie — a ajouté en marge : dite Gretl. Rien d'autre. Pas de date pour cette correction, pas de signature.
Ce que l'on sait : la mère s'appelait Barbe Schreiner, journalière, domiciliée rue des Bouchers. Le père n'est pas nommé. Le parrain est désigné comme compagnon tonnelier, vraisemblablement alsacien vu la graphie phonétique de son patronyme — Hüffel ou Huffel, le clerc n'a pas tranché.
Ce qu'on ignore : pourquoi Gretl plutôt que Margrit, forme plus courante en alsacien à cette période. Si la correction est contemporaine de l'acte ou postérieure d'une génération. Qui a tenu cette plume hésitante.
Ce que je suppose : Barbe Schreiner a continué d'appeler sa fille Gretl jusqu'à ce que quelqu'un — un curé, un officier d'état civil, un instituteur plus tard — juge nécessaire de le noter. Hypothèse seulement.
À midi, sur le banc près du canal, il faisait gris mais sans pluie. J'ai relu mes notes au crayon. Gretl. Un mot dans une marge, peut-être tracé par la fille elle-même, adulte, venue consulter son propre acte pour une raison que je ne connaîtrai jamais — mariage, succession, querelle de voisinage.
L'acte ne dit rien de plus. Je l'ai refermé dans son carton de conservation et j'ai noté la cote dans mon registre de consultation. Demain, autre chose.
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Ce matin, j'ai déplié une liasse de lettres familiales datées de l'hiver 1854, prêtée par une succession — quelqu'un qui vide une maison, quelqu'un qui ne sait pas quoi faire des ancêtres. L'encre est brune, le papier sent légèrement le renfermé, et la première lettre s'ouvre sur une phrase dont je n'ai pas pu me débarrasser de la journée : "Le bois coûte trois fois ce qu'il valait l'an passé et mon mari ne rentre qu'au vendredi."
Ni nom de famille visible sur l'enveloppe, ni adresse complète — juste "rue des Orfèvres, Strasbourg", ce qui ne donne plus rien aujourd'hui, la rue ayant changé de nom à deux reprises entre 1870 et 1920. La femme qui écrit signe simplement "votre Louise". À qui ? Je suppose une sœur, d'après le ton, mais c'est une hypothèse sans fondement dans la lettre elle-même. Ce que l'on sait : elle est à Strasbourg, c'est l'hiver, le combustible manque. Ce qu'on ignore : tout le reste, presque.
J'ai cherché dans les registres paroissiaux de Saint-Pierre-le-Vieux pour 1854 si une Louise quelconque habitait ce secteur. Il y a une Louise Brändel, née en 1829 d'après un acte de baptême de cette paroisse, mais rien ne confirme qu'il s'agit de la même femme. Je n'irai pas plus loin sans une autre pièce.
Le détail du bois m'a retenue. Trois fois le prix habituel : on peut supposer que l'hiver 1853-1854 fut rude — on le sait d'ailleurs d'après plusieurs registres de délibérations municipales qui signalent des distributions de secours en janvier 1854. Ce n'est pas une coïncidence, c'est simplement la même réalité notée à deux échelles différentes.
Déjeuner sur le banc au bord du canal, malgré le vent. L'eau était grise. J'ai pensé que Louise, elle, n'avait sans doute pas eu ce luxe-là.
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Ce matin, en déroulant un registre de catholicité de la paroisse Saint-Nicolas de 1783, j'ai remarqué une rature au bas du folio 47. Sous l'encre noircie, on devine — avec une loupe — le prénom « Dorothée », remplacé plus tard par « Marie-Anne ». La correction est signée d'une autre main que le premier clerc, vraisemblablement lors d'un contrôle canonique ultérieur. Ce que l'on sait : l'enfant fut baptisée le 3 avril. Ce qu'on ignore : pourquoi le prénom initial fut effacé. Ce que je suppose, sans certitude aucune, c'est qu'une marraine ou une convenance familiale a dû primer sur le premier choix du rédacteur.
La mère s'appelait Margaretha Schreiner, épouse d'un apprenti tonnelier du quartier de la Krutenau. Leur adresse d'alors — « rue du Fossé-des-Tanneurs » — n'existe plus sous ce nom ; elle correspond aujourd'hui, à peu près, à une portion de la rue du Faubourg-de-Pierre. La toponymie alsacienne de cette époque mélange souvent le français officiel et l'alsacien courant, parfois dans le même registre et sur la même ligne. C'est une façon de voir la langue comme un terrain instable plutôt qu'un sol fixe.
Le père n'est mentionné qu'en marge : « Johann Georg, compagnon de tonnelier » — pas encore maître. Il semble qu'ils vivaient à loyer, d'après la formule habituelle de l'acte, mais ce n'est qu'une supposition fondée sur l'usage du quartier à cette période.
J'ai mangé sur le banc habituel, près du canal du Faux-Rempart. Il faisait gris, presque froid. J'avais emmené un petit pain et mon carnet, au crayon comme d'habitude — jamais de stylo près de vieilles feuilles.
En revenant, j'ai cherché d'autres actes liés à la famille Schreiner dans nos fonds des années 1790. Rien d'autre ne subsiste pour eux, du moins que j'aie trouvé jusqu'ici. Ils disparaissent du registre comme des milliers d'autres : présents une ligne, puis absents.
La petite Marie-Anne — ou Dorothée, selon le premier rédacteur — a eu droit à une existence officielle d'une seule phrase. C'est souvent tout ce qui reste.
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