L'odeur de l'ail qui glisse dans l'huile froide — pas encore chauffée, juste posée là — c'est ainsi que la soirée a commencé. J'avais acheté hier au Capucins une botte de haricots plats chez M. Fontaine, le maraîcher du coin gauche, celui qui range ses légumes par taille et non par couleur. Il m'a dit que c'était peut-être les derniers de la semaine, la chaleur ayant séché les cosses plus vite que prévu en ce mois de juillet.
J'ai fait revenir les haricots à feu moyen avec deux gousses d'ail tranché fin et un filet d'huile d'olive. La peau de l'ail croque d'abord contre la paroi de la poêle, puis s'attendrit, fond presque, sans brunir. Les haricots gagnent une légère résistance : la dent rencontre quelque chose, cède, trouve le vert encore vif à l'intérieur. L'arrière-goût est végétal, un peu herbacé, comme une prairie après la pluie fine.
J'ai oublié le sel au début — le sel de Guérande que je garde près de la gazinière dans un bol en faïence dépareillé. Je m'en suis rendu compte trop tard, quand les haricots étaient déjà dans l'assiette. J'ai saupoudré à la dernière seconde, et quelque chose a changé : le sel posé sur le légume cuit agit autrement, il reste en surface, il souligne plutôt qu'il ne s'intègre. Ce n'était pas mauvais. Juste autre chose.
Ma grand-mère, dans le Sud-Ouest, faisait ainsi ses haricots : pas de beurre, pas de crème, de l'ail et du sel. Elle les égouttait sur un torchon blanc et les servait tièdes. Je ne sais plus si c'était une méthode ou une habitude, mais je retrouvais ce soir la même simplicité dans mon assiette étroite, près de la fenêtre ouverte sur la rue silencieuse.
J'ai mangé lentement, debout d'abord, puis assise. Il n'y avait rien d'autre à préparer.
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